vendredi 12 mai 2017

Les questions qui se posent : Y a t'il différentes façons de raisonner ou y a t'il des failles dans les raisonnements ? (un épisode de Josette, espionne rousse du réel )


Josette, espionne rousse du réel, lut dans le journal Libération daté du 10 mai 2017 (http://www.liberation.fr/debats/2017/05/09/le-fn-une-part-de-nous-memes-que-nous-occultons_1568377) ceci : « La crise politique actuelle se nourrit en effet d'un double décrochage. Nombre de citoyens pensent que les représentants politiques ne les comprennent pas et qu'ils ne leur ressemblent pas. Nombre de citoyens ont aussi l'impression que l'Etat ne leur appartient pas. » Josette était peu ou prou d'accord avec cet état des lieux, cette description d'état de faits. Mais Josette buta complétement sur la phrase suivante qui semblait pourtant, dans le raisonnement des auteurs, être une conséquence logique : «  Il faut donc diversifier les filières de formation qui mènent à la politique et aux carrières dans l'administration publique ou dans les médias ». Selon Josette, si il y a une mauvaise perception dans les publics et les populations concernant leurs élus et leurs administrations, il s'agirait donc logiquement de passer par l'éducation et la diffusion des idées dites « justes » ou « conformes » auprès de tous et chacun. Soit si les uns et les autres ont une mauvaise appréhension de ce qu'est l'Etat et les élus de la nation, il convient donc d'enseigner à l'école et de marteler dans les médias la conception idoine. Si les uns et les autres savent que le Trésor Public est un trésor commun, que les élus sont censés les représenter et travailler à la quête de l'intérêt général, etc.. ils agiront et penseront d'une certaine façon. La troisième République avait bien compris que le passage d'une monarchie absolue à un pouvoir des peuples par les peuples impliquait une modification des mentalités de chacun et chacune et nécessitait une éducation de chacun et chacune. Or, comme chacun et chacune sait, les pouvoirs relèvent d'arcanes qui bougent lentement car plus proche de l'ordre minéral qu'animal ou végétal. Faut-il rappeler, par exemple, que la police française n'a abandonné la culture de l'aveu qu'en 1995 sous la présidence de Jacques CHIRAC en crééant une police dite scientifique renouvellant ainsi la geste de BERTILLON sous la présidence POINCARé ? Si la police française a affirmé sa modernité à la toute fin du XXe siècle (soit la primauté de la raison sur le simple contrôle des consciences et des populations, plutôt Sherlock HOLMES que JABERT), il est peut-être que l'administration française créée sous COLBERT doit encore faire son coming out moderne et ce en pleine postmodernité ! Pour le dire sous une autre forme, plus politiquement correcte, les outils techniques numériques contemporains rendent désormais possible une démocratisation totale de l'administration générale rendue souple, lisible (compréhensible) et accessible par et pour tous et chacun.
C'est sans doute sous cet angle que les deux auteurs de l'article tenaient le fil de leur raisonnement : si les uns et les autres ne se reconnaissent pas dans les élus et croient que l'etat ne leur appartient pas, alors il faut modifier la formation des élus et des administrations, sans doute pour qu'ils travaillent leur représentativité et leur service. Pourtant Josette ne pouvait s'empêcher de penser que ce raisonnement était paternaliste et en fait préservait encore les prérogatives des administrations et des élus, prérogatives se traduisant trop souvent en terme de privilèges, soit non pas une conception d'un pouvoir diffus et diffusé (gouvernement du peuple par le peuple sachant que chacun et chacune est du peuple : du magistrat à l'éboueur, du président à l'électeur) où chacun gouverne et est gouverné mais des conceptions prémodernes des pouvoirs calqués sur les relations des parents envers leurs enfants, des shémas de pouvoir où certains savent et d'autres pas, certains dirigent et d'autres sont dirigés, des actifs et des passifs. Pourtant, ce que les uns et les autres de tout un chacun perçoivent est bien l'écart entre la théorie et la pratique sociopolitique : en théorie nos sociétés sont démocratiques et nous sommes des individus libres, égaux et fraternels. Dans les faits, nos sociétés sont formellement démocratiques, il existe de fortes inégalités et trop souvent, c'est une lutte de titans pour faire respecter sa liberté, quant à la fraternité, c'est la bonne blague pour chatouiller voire fouetter. Le gouffre intellectuel qu'ouvre certains responsables de gauche en se présentant de façon absurde comme « à gauche de la gauche » tout en trouvant normal de gagner huit mille euros par mois et de proposer à une partie de la population de sortir du travail en touchant une indemnité mensuelle pardon un revenu universel est la brêche par lesquels les idées d'extrême droite s'engouffrent et contaminent les classes dites populaires. Dans un gouvernement des peuples par les peuples chacun et chacune contribuent à la production d'un miel social telles des abeilles dans une ruche sans reine et avec temps et sexualité libres, chacun et chacune travaillent, il n'y a pas d' « élite », les personnes ont du talent et des compétences et les uns et les autres sont aussi divers et variés qu'égaux… C'est pourquoi, selon Josette, il s'agirait plus par l'éducation de conforter chaque individu dans sa connaissance de la théorie de l'état au service des peuples et de lui enseigner les pratiques de résistance en cas d'abus de pouvoir, de négligence à son endroit voire son envers, etc.. Or ce que Josette avait compris de par son expérience personnelle d'espionne rousse du réel était précisément que l'angle mort de nos démocraties est l'égalité pour des raisons de conceptions de la création de richesses qui continuaient à sévir et agir dans nos sociétés sans avoir été discutées dans un grand débat public. Autrement dit « l'exploitation de l'ignorance et de la faiblesse peut-elle être une source de création de richesse durable dans un monde moderne voire postmoderne, fini et friable ? »
Josette eut mal à la tête. « Je m'étais dit que j'arrêtais de penser. » « Tu ne penses pas, tu panses, lui dit Georges, comme une vache ». « Il me semble bien que mon père m'ait souvent répété que Nietzsche disait qu'il faut savoir philosopher comme une vache soit en ruminant, répondit Josette. » «  Je tiens à préciser que les chevaux font aussi partie des ruminants, dit Quelqu'un qui était dans le jardin avec eux » « oh, un centaure ! Dirent Georges et Josette en choeur, cela faisait si longtemps ! » 
«  Pendant que vous vous émerveillez devant des fantasmagories de la nature, je voudrais, dit le Docteur FAUSTROUL qui était toujours là, aussi, dans le jardin avec eux, je voudrais attirer votre attention sur la modification essentielle qui est entrainée par l'affirmation de l'existence d'êtres disposant d'un sexe féminin quoique agissant dans l'espace social : il n'est pas seulement que le pouvoir ne peut plus être phallique, il est que l'autorité sociale ne peut plus se fonder sur un pouvoir sexuel quelqu'il soit, féminin ou masculin voire couplé masculin/féminin. Nous avons besoin du neutre pour établir et édifier le social, D'où la fraternité, d'où la longueur de vue qu'avaient les révolutionnaires français de 1789 ! »
Le Docteur FAUSTROUL avait le sentiment de manipuler d'énormes dominos et en ressentait de l'ivresse, presque de la vanité, quand le Centaure présent lui proposa une promenade sur son dos où se trouvaient déjà Georges et Josette.

(à suivre)

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