lundi 12 octobre 2015

Les années 70 : le jour où je ne me suis pas foulée (la cheville).





Dans les années 70, quand j'étais scolarisée dans le pensionnat suisse où mon père enseignait la littérature française et la philosophie (Cf. des épisodes précédents), l'hiver, les heures de sport étaient transformées en heures de ski. Nous avions chaque semaine deux matinées obligatoires et une après-midi facultative si je me souviens bien. Il faut se rappeler qu'à l'époque nous allions à l'école tous les jours même le mercredi matin et le samedi matin.
À l'exception du dimanche bien sûr, réservé à Dieu ou à l'absence de Dieu(x), voire à la télévision.
Bref, un matin d'un hiver, en l'an peut-être 75 ou 76, je n'ai pas eu envie d'aller faire du ski ; je pourrais écrire « je n'ai pas eu envie d'aller faire du ski encadrée par un ancien soldat de la Werchmacht » mais cela serait par pur désir d'un effet comique et relèverait d'une grande mauvaise foi puisqu'à l'époque, si je sais que mon prof de sport, monsieur HOFFMAN, est allemand et a fait la guerre, je ne fais pas du tout le lien avec tout ce qu'il nous est montré et dit de la seconde guerre mondiale à la télévision, ni même avec le film « la grande Vadrouille » qui était peut-être déjà sorti au cinéma. Monsieur HOFFMAN est notre prof de sport et je n'imagine rien à son sujet. Pourtant de mauvaise foi, il est bien question ici.
Donc un matin d'hiver de l'an peut-être 75 ou 76, je n'ai pas envie d'aller faire du ski et je dis à ma mère que j'ai mal au pied, que j'ai du me tordre la cheville et je fais un peu semblant d'avoir mal en posant le pied. Ma mère ne croit pas un mot de ce que je lui dis, elle comprend tout de suite que je ne veux pas aller au ski. Elle me dit que dans ce cas, il faut aller chez le médecin afin de voir ce que j'ai au pied et ainsi de le soigner. Ma mère espère ainsi me faire avouer mon mensonge. Ma mère avait, disait-elle, subi une éducation assez stricte et autoritaire (notre mère nous a raconté plusieurs fois comment elle avait du aller à l'école un jour avec une pancarte « je suis une menteuse » accrochée à son cou parce qu'auprès de son père, elle avait feint ne pas savoir où se trouvaient les deux pommes qu'elle avait ingurgité goulûment) et ainsi, en réaction, elle souhaitait pour ses enfants une éducation plus progressive basée sur l'apprentissage et la compréhension des règles. Je ne me souviens plus trop comment cela s'est passé ensuite, mais je me souviens aller chez le médecin en tenant la main de ma mère qui continuait à me lancer des perches « tu es sûre que tu veux aller chez le médecin ? » « Mais oui, bien sûr, j'ai mal au pied », répondais-je, feignant boiter en m'enfonçant encore un peu plus dans la nuit des mensonges. Le docteur BRUNNER était suisse allemand et avait deux enfants qui étaient à l'école avec moi. Il ausculta mon pied droit, et me posa différentes questions, il me demandait si j'avais mal lorsqu'il tournait le pied comme cela ou qu'il le manipulait comme ceci. À l'aveugle, je disais « oui, non, un peu » selon mon inspiration. Il palpa longuement mon pied. Puis le docteur BRUNNER installa un appareil pour me passer de l'électricité dans le pied et dit à ma mère qu' « effectivement, il devait y avoir une entorse mais qu'elle était ancienne ». Ensuite, dans mon souvenir, ils m'ont laissé dans la pièce avec l'appareil qui passait de l’électricité dans mon pied et je me souviens m'être sentie bizarre. Pas terrifiée, juste bizarre, à la lisière de l'effroi. Sur le chemin du retour, ma mère était toute légère, elle m'a même avoué qu'elle ne m'avait pas cru, qu'elle avait cru que j'avais inventé mon mal de cheville pour ne pas aller au ski : quelles drôles d'idées pouvaient bien traverser le cerveau de ma mère parfois, vraiment !
C'est sans doute à partir de ce jour, que j'ai mieux compris le point de vue sur la médecine et les médecins développé par Molière dans ses pièces de théâtre qui, à l'époque, passaient fréquemment à la télévision française dans des interprétations par les comédiens de la Comédie Française dont peut-être Jacques CHARRON.
Pourtant, aujourd'hui, je pense que et Molière et moi-même avions tort.

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