lundi 3 octobre 2016

TD « le langage peut ne pas être fasciste en moi » : aujourd'hui, partons à la découverte du mot « paraphrénie ».



Le dictionnaire « le petit Robert » édition 2002 nous précise que ce mot date de 1900 et est construit à partir du préfixe para signifiant en grec « à côté » et du mot phrên signifiant en grec « intelligence ». Cette idée d'être à côté non pas de la plaque mais de l'intelligence nous ravit : « non, je ne baigne pas dans l'intelligence, je suis juste à côté. » ce qui est déjà chouette lorsqu'on sait à quel point nombreux sont ceux et celles dont nous-mêmes peuvent en être très très loin parfois soudain, et être à côté constitue sans doute une posture moins dangereuse ou harassante : « non, çà va, je ne suis pas dans le tonneau des Danaïdes, je suis à côté ; non, je ne suis pas dans le trou noir, je suis juste à côté. » Bon, la définition donnée par le petit Robert s'avère nettement moins drôle que ces évocations étymologiques, le terme paraphrénie relevant du registre médical et évoquant un « délire chronique reposant sur des mécanismes de fabulation (thèmes délirants riches, variés et changeants) » le dictionnaire cite Simone de Beauvoir pour éclairer cette définition soit « poussant jusqu'à la paraphrénie sa distorsion de la réalité » citation que nous trouvons moins éclairante que, par exemple, la phrase suivante : « devant la constance des obsessions proférées par Patrick BUISSON à la manière d'un prédicateur, le journaliste l'interviewant ne retint pas l'hypothèse d'un malade souffrant de paraphrénie. » Dans le Petit Larousse illustré, édition 1978, le mot n'existe pas, les définitions passant directement de « paraphrastique » (qui appartient à la paraphrase) à « paraphyse » (poil stérile accompagnant les éléments producteurs de spores, chez les champignons.) « Bien que développant un discours paraphrastique , Patrick BUISSON n'en ressemblait pas pour autant à un paraphyse. »
Le Dictionnaire multimédia Larousse 2009, offert gracieusement dans une clef USB de 8 gigaoctets, prétend lui que le mot grec « phrên » signifie, non pas intelligence comme le prétendait le Petit Robert en 2002, mais « pensée ». il s'agit donc d'être à côté de la pensée et non pas de l'intelligence. Et la plaque, dans tout cela me diriez-vous ? Encore faudrait-il savoir de quelle plaque, il est question ? Electrique ? De pesée ? Radiographique ? Dentaire ? Mais là n'est pas le sujet. Se tenir à côté de la pensée nous paraît moins drôle que de se tenir à côté de l'intelligence mais tout aussi sage. « Non, je ne pense pas, je suis à côté de la pensée. » Martin HEIDEGGER , lui-même, qui a passé plusieurs années de sa vie à réfléchir à la question « qu'est que la pensée » peut-il être considéré pour autant pour un paraphrénique ? La définition du mot « paraphrénie » donnée par le Larousse multimédia en 2009 diffère donc légèrement soit :


Psychose chronique caractérisée par un délire d'une grande richesse imaginative où dominent les thèmes fantastiques, mais n'altérant pas l'adaptation du sujet à la vie quotidienne.

Définition éclairée par nulle citation comme par exemple : « Patrick BUISSON n'évoquant jamais la présence de licornes ou d'éléphants blancs dans ses récits, le journaliste l'interviewant élimina l'hypothèse d'un délire paraphrénique ».
Le nouveau Dictionnaire Larousse Médical de 1952 ne connait pas ce mot puisqu'il passe directement de « paraphasie » (Voir aphasie) à « paraphimosis » ( voir phymosis), couple de mots encadré par le haut par la « paranoïa » (« le terme de paranoïa s'applique suivant les psychiatres, aux troubles psychiques les plus divers, et l'on a pu faire entrer, dans le cadre des paranoïas, la psychose systématisée progressive, certains délires de dégénérés, les obsessions, des cas de confusion mentale hallucinatoire aiguë, et même la démence paronoïde. » ) et par le bas par la « paraplégie » ( « paralysie des deux membres inférieurs. Elle est due à une interruption bilatérale des voies motrices, située habituellement au niveau de la moelle ; elle peut être flasque ou spasmodique ») Le nouveau Larousse médical de 1952 considère que le mot grec « para » signifie incomplet, un paraphrénique devenant ainsi, étymologiquement, non plus un sage posé à côté de l'intelligence ou de la pensée mais une personne frappé d’incomplétude de la pensée ou de l'intelligence. Mais alors, à part Dieu, qui ne serait étymologiquement paraphénique ? .
Le Grand Robert de la langue Française de 2001 date le mot de 1909, ne précise pas l'étymologie des mots para- et -phrénié et donne la même définition que le petit Robert de 2002 soit « un délire chronique reposant sur des mécanismes de fabulation (thèmes délirants, riches et variés et changeants). » l'enrichissant de la remarque suivante « la paraphrénie laisse en général intacte l'adaptation au réel » , et donne l'intégralité de la citation de Simone De Beauvoir (soit « J'ai choisi un cas extrême : une femme qui se sait responsable du suicide de sa fille et que tout son entourage condamne. J'ai essayé de construire l'ensemble des vaticinations, des sophismes, des fuites par lesquels elle tente de se donner raison. Elle n'y parvient qu'en poussant jusqu'à la paraphrénie sa distorsion de la réalité »), le titre de l'ouvrage d'où est sortie cette citation (« tout compte fait »), Le dictionnaire poussant le vice jusqu'à préciser le numéro de la page (p. 142) où se trouverait cette citation sans en préciser toutefois l'édition ce qui revient à pisser dans un violon (ce que, personnellement, nous n'avons jamais essayé de faire). Bref, le Grand Robert ne semble guère plus précis ou intéressant que le Petit.« Patrick BUISSON ayant réussi à exercer des postes de conseiller présidentiel ou de directeur de chaîne câblée rémunérés environ dix mille euros par mois, un journaliste avait émis l'hypothèse d'un cas de paraphrénie mais devant l'absence de licornes ou d'elfes dans les discours du dit Patrick BUISSON et en raison de la constante de ses obsessions, les journalistes l'interviewant laissèrent tomber cette hypothèse. »
Le Dictionnaire Littré réimprimé par Jean Jacques PAUVERT en 1957 ne connait pas le mot puisqu'il passe directement de « paraphrénésie » qui serait un terme de médecine employé quelque fois au sujet d'une inflammation du diaphragme («  je ne risquais pas d'attraper une paraphrénésie en entendant la logorrhée délirante de total freak control proférée par Patrick BUISSON ») à « paraphyse » qualifiée là de nom donné à des cellules allongées stériles qui entourent l'appareil reproducteur spécial chez les cryptogames. (« Je ne suis pas polygame, je suis cryptogame ! » « Va donc, hé, champignon! »)

[entendre une interview de Patrick BUISSON afin de formuler son propre diagnostic : http://www.europe1.fr/emissions/le-club-de-la-presse/europe-soir-le-club-de-la-presse-patrick-buisson-29092016-2860216 ]

[Lire un article où le mot paraphrénie apparaît dans le flux. : http://next.liberation.fr/images/2016/09/30/art-opicino-enlumineur-illumine_1516157]

Question annexe : à votre avis, le terme « paraphrénie » n'apparaît pas en 1952 dans le Larousse médical parce que, à cette époque,

  • la maladie n'existait pas,
  • la maladie n'avait pas encore été nommée,
  • personne ne se trouvait à côté de l'intelligence,
  • Ni l'intelligence, ni la pensée n'existait,
  • aucun médecin ne parlait grec ancien couramment,
  • le type qui a dirigé la publication du dictionnaire était un alcoolique et il a eu jeté plusieurs définitions par mégarde dans la corbeille dont notamment celle de « paraphrénie »,
  • les paraphréniques se confondaient avec les paraphrénésiques et les parachutistes,
  • les éditions Larousse n'avaient pas de comité scientifique compétent pour l'établissement d'un dictionnaire médical ,
  • le Général de Gaulle était encore dans le désert.

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