mardi 28 octobre 2008

Fictions Banalité de la révolte ordinaire.


I
L’écrivain non publié souffre d’une révolte non identifié de ses papiers imprimés. Ses écrits sommeillant sont pour lui l’œuvre accomplie et celle à partir de laquelle agissant. L’écrivain non publié souffre du déficit de reconnaissance de ses écrits dès lors qu’entaille, il ne parvient à les incarner. Dès lors qu’écrit, ses écrits circulant ne sont lus agissant, simple vecteur chargé de réveiller. Paradoxe étant, bien qu’impubliés, les textes écrits des années auparavant et bien que jamais reconnu comme étant de la partie se révèlent étonnamment lucide des années plus tard, il est à dire lisible. L‘écrivain non publié se dit dès lors « chic, ils vont savoir que je l’avais dit, ils vont me dire tu l’avais l’écrit, cela était juste ». Et cependant là réside le malentendu foudre mentale entre le corps de la vie et le corps de l’écrit.

-         Tu l’avais dit, et alors ? Cela t’a’t’il permis de construire une maison, de bâtir une saison, de choisir des lampions ?

L’écrivain non publié possède une compétence qui le dépossède. Sa révolte inutile car sa vision trop tôt lui nuit et l’expédie dans une nuit qui cependant brille élégamment. Pourtant, l’écrivain non publié ne peut se résigner à considérer ses écrits en tant qu’inutiles. Car là réside le mystère de ses clercs invisibles , l’écrivain non publié se console aux sources de l’infra-ordinaire, son travail, le sien, a été accompli, il le constate chaque jour qui vient. Ce qu’il a fait, c’est écrire des textes sommeillant, travaillant malgré elles les consciences endormies , travaillant les parties cachées de nos réalités à venir. Ainsi cet arbre tombé dans une forêt que nul n’avait vu, ainsi ce papillon qui bat des ailes à Tokyo, ainsi ces textes poussiéreux, papier rempli, phrases accomplies oubliés de tous dans une armoire. Et de ce monde invisible des mots et des lettres qui dansent la nuit, l’écho transporte et transforme, lui, l’écrivain non publié n’est que le mineur, le fantôme de l’Opéra, le négligé des opérations. Sa révolte s’apaise car dès lors il poursuit ses écrits qui dansent et flottent et peuplent les déserts, il peut dès lors en comprendre subtilement les merveilles de la condition. L’esprit livre d’hommes libres bien qu’oubliés. Un jour peut-être, un jour sans doute, les humains enfin conscient de leur condition érigeront une tombe à la mémoire de l’écrivain inconnu en reconnaissance de leur tâche sysiphienne.


II
La simple ménagère utilisait sa révolte ordinaire contre tout et rien pour trouver l’énergie nécessaire à passer tous ces aspirateurs, ces dépoussiérants et ces vernis cirant. La révolte ménagère consiste dans la transparence apparente de cette femme qui n’existe plus qu’à travers le décor de sa maison. Elle achète des miroirs, des casseroles, des dessous affriolants. Pourtant, rien, rien n’égaye ce quotidien. Rien n’arrive si ce n’est les vendeurs ambulants qui tentent leur chance pour gagner leur argent. Sa révolte lui nuit car elle ne parvient simplement à chanter sous la douche, à réciter de la poésie aux tâches rebelles. La révolte de la ménagère trouve sa source précise dans un instrument débilitant, j’ai cité ici ce cube rectangulaire, sorcier sans diable et source tarissant, j’ai nommé la télévision. Vissé à son intérieur, elle veut savoir et s’évader et ne goutte qu’aux images d’une réalité frelatée, virus contaminant. Ainsi, ces personnes gagnent tant d’argent, ainsi ces femmes sont flattées et servies, et moi, et moi, et moi donc. Qui fait quoi pour moi ?

Alors une nuit, les textes oubliés viennent la visiter. Au lendemain, elle est emplie d’histoires que nul ne connaît. Elle devient une curiosité populaire dans le périmètre de son quartier, chacun veut connaître la suite, qu’est donc est-il arrivé à saperlipopette et ôtetoilàquejmymette. Le soir, ils font des grandes veillées, et raconte, raconte toutes ses histoires merveilleuses. Les poètes font de l’or avec la boue du quotidien. Ce n’est pas moi qui l’ait dit. Ainsi le bonheur de passer l’aspirateur par la particulière ordinaire ménagère a à voir avec le contact nuitamment des inspirateurs du singulier.

III....
L’écrivain devenu personnage ne peut plus écrire de romans, il écrit ce qui lui traverse la tête, il écrit des textes qui répondent à d’autres textes. Le texte est devenu sa matière première et non plus son expérience. C’est la question du rideau qui se pose à tout moment dans une vie d’artiste, telle une momie l’écrivain se retrouve personnage emmêlé dans un enchevêtrement de fils dont même une mère poule n’y trouvait son poussin, dont même une araignée n’en connaîtrait la trame. Le roman peut alors devenir prétexte à un dispositif d’apparences, les lecteurs consignés non plus dans l’espoir d’un interlocuteur qui vous comprenne mais comme masse nécessaire dans le dispositif de gestion industrielle de production d’être désirants manufacturés. Amour, Amitiés, stratégies des jeux de rôles, régulation monétaire, volonté hiérarchique des désirs. Cependant, l’écrivain peut aussi utiliser sa plume pour retrouver des ailes mais en cela il se perd, mais en cela il y perd ses pairs, et en cela ses pairs deviennent ceux qui sont mort avant lui. Et de ce fait, il devient l’esclave de ce tapis à tisser où nombres d’enfants sont mort à l’ouvrage, ce tapis sans fin où chaque génération poursuit la recette du tapis volant. Oui, mais il vole quand le tapis ? bientôt, bientôt, dirent quelques voix sage de visages vieux et endormis mais dont le regard pétille du désir et du feu qui ne meure jamais. Sous les cendres, le voilage, Sous les braises, l’étincelle. Sous le corps mort, la vie sommeille.....

III
Ils n’avaient plus rien à dire, ils n’avaient plus rien à se dire. Ils ressentaient un décalage entre cette matière qui les fonde et les paroles qui leur parviennent. Une sorte de sac de ciment s’attelaient à leur cervelle, une sorte d’esprit mangeant leur refusait la possible appropriation de ce qu’ils apportaient. Les paroles, des vers de poésie oublié, la musique de la vie leur revenait, emplis d’une grâce et ils étaient ensuite rapidement à nouveau vilipendé par la mauvaise femme, la mauvaise vieille femme, esprit méchant et circulant qui se venge sur les vivants de la vie qu’on lui a fait mené. Ainsi, vous n’aurez droit vous non plus au plaisir d’être, je vous mange et je mange votre esprit, je vous possède afin de vous déposséder, vos désirs doivent être les miens, vous n ‘êtes plus que ma Chose. Pourtant, Ils sentaient bien qu’ils seraient simple de revenir à ce qu’était. Il s’agirait simplement de prendre les choses comme des sujets. Nous ne voulons pas de l’esprit de diable, pas plus que nous ne cherchons de Dieu unique, nous sommes des humains, c’est là notre révolte, c’est là notre désir, c’est là notre volonté. Ils parvenaient à faire disparaître les esprits envahissants, ils retrouvaient le goût, la liberté, la civilité, le plaisir à distance, la joie des mots comme une musique savante. Ils parvenaient à comprendre le poids et la légèreté du monde. Leurs images se faisaient corps et le néant s’excusait d’avoir pris tant de place pour rien, et le négatif s’estompait sans que les photos ne nous parviennent. ....

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire