vendredi 7 août 2015

FORUM « le sujet viendra dans la discussion » II



  • Je trouve qu'à la question « pourquoi ne prends-tu pas le monde comme il vient ? », répondre « parce que le monde n'a pas voulu de nous » [cf. un forum précédent] est une réponse facile voire kitsch.
  • Ouais, d'accord, c'est vrai. Je me sers d'un cliché et j'introduis du pathos, genre « ouin, ouin, j'ai été exclu de la communauté, pleurez dans les chaumières » et ainsi je peux clore une discussion sans trop me fatiguer, si je me rappelle pourquoi j'ai fait usage de cette grosse ficelle.
  • Bon, mais alors, quelle serait une réponse un peu réfléchie à la question « pourquoi ne prends-tu pas le monde comme il vient ? »
  • Nous pourrions peut-être commencer par réfléchir sur « est-ce que le monde vient ? », je crois plutôt que le monde est déjà là. Lorsque nous naissons, le monde est déjà là, et c'est un gros boulot de déjà réussir à le comprendre, se l'approprier, le déconstruire, le détruire et se rendre compte qu'en fait rien n'a bougé parce que ce que nous regardions n'était pas le monde.
  • Tu vas trop vite.
  • Moi, je crois que l'expression « prendre le monde comme il vient » signifie « prendre les choses légèrement »,
  • ouais, mais quelles choses ?
  • Ce n'est pas plutôt « se raccrocher au train » ?
  • Votre conversation me rappelle une anecdote qui, je crois, éclairera notre propos. L'année dernière ou plutôt l'année précédent la précédente, une fin d'après-midi, je vais à la plage et je vais regarderle tableau près du poste de secours pour savoir s'il y a des vives, il arrive qu'il y ait des bancs de vives sur la plage où je vais habituellement. Arrivée près du cabanon des secouristes en mer, je vois trois ou quatre personnes avec un pied dans une bassine d'eau chaude (et un peu de javel si je me souviens bien du traitement mais faudrait vérifier), bref, je vois trois quatre personnes qui se sont fait piquer le pied en marchant sur une vive. Et je vois le mec secouriste qui demande à chaque personne son nom et son adresse en expliquant que c'est pour l'établissement de statistiques. Il dit aussi que, depuis le matin, lui et ses collègues n'ont pas arrêté de soigner des personnes qui se font piquer par des vives. Et donc, je pense « tiens je vais demander où statistiquement les baigneurs se font piquer » et il ne me vient pas à l'idée que le secouriste qui dit faire des statistiques ne demande pas où se font piquer les gens . Mais je me dis tout cela sans le formuler bien sûr, ce serait trop simple. Donc, je demande au secouriste  où est-ce qu'il y a le plus de vives et il me répond que ce n'est pas possible de savoir , qu'il y a plusieurs bancs qui se déplacent. Je trouve complètement débile sa réponse et t'as une meuf qui s'est placée à côté de moi et qui commence à me tenir un charabia vraiment débile qui devait se vouloir peut-être poétique en faisant des gestes en direction de la mer, puis elle s'est arrêté et m'a dit « non ? Ce n'est pas çà ?» ou une phrase dans ce style. J'avais vraiment l'impression d'être avec une dingue mais j'ai toujours un problème avec ce genre de jugement depuis que j'ai été un jour désigné officiellement comme dingue. J'ai laissé tomber et j'ai insisté auprès du secouriste en lui disant qu'il pourrait savoir où se trouvent plus ou moins des bancs de vives s' il demandait aux personnes qui se font piquer où les personnes se font piquer. Ou alors je me suis étonnée qu'il ne demande pas aux baigneurs où ils se faisaient piquer. Bref, là je décompose mais dans les faits, tout se passe très vite. Dans tous les cas, le type m'a répondu « non, non, çà ne se passe comme cela » et je le trouvais de plus en plus débile et là, t'as un gamin qui avait le pied dans une bassine qui a dit « moi, je me suis piquer près des rochers juste en face » et il montrait la direction avec sa main et ensuite, toutes les personnes qui avaient un pied dans une bassine ont dit plus ou moins en même temps « ah ouais, moi aussi, c'est par là. » Je les ai remercié et j'ai dit très fort « et comme cela je n'irais pas me baigner près des rochers, au revoir » puis je suis partie me baigner, j'ai quand même garder mes sandales en plastique aux pieds et de toutes les façons les deux « imbéciles » m'avaient gâché mon plaisir.
  • Et pourquoi tu nous racontes cela ?
  • Parce qu'il me semble que, dans cette anecdote, il est bien compris que le monde « comme il vient » ne va de soi, mais alors pas du tout.
  • D'où l'impossiblité de le prendre ?
  • Prendre quoi ?
  • Prendre le monde comme il vient...
  • Mais est-ce qu'en fait cette expression n'est pas une référence sexuelle ?
  • Euh …
  • Je ne sais pas, je suis une nana, mais souvent les mecs à propos des nanas qu'ils baisent ou avec qui ils font l'amour disent des trucs comme « elle est un peu tarte mais elle est chouette », ils prennent le monde soient les nanas comme elles viennent, ils n'essayent pas de les changer juste des les déshabiller et de les pénétrer..
  • Et pour les nanas, c'est un peu pareil, non ?
  • Ouais, mais alors dans ce cas, elles se font prendre par le monde comme il vient.
  • et c'est trop dangereux, non ?
  • Ben, faut être armé quoi...
  • De quoi est-ce que vous parlez ?
  • De conneries.
  • Moi, je trouve que son anecdote n'illustre pas du tout le propos.
  • Pourquoi ?
  • Ben, parce que si précisément, elle prenait le monde comme il vient, elle serait allée se baigner, elle se serait fait piquer par une vive, elle serait allée au poste de secours, elle aurait donné son nom et son adresse au secouriste et elle ne se serait posé aucune question et tout aurait été bien...
  • … dans le meilleur des mondes possibles, bien sûr. Le seul hic à cette présentation des choses est que tu oublies qu'elle s'est déjà fait piquer par des vives une ou plusieures fois et que chat échaudé craint l'eau froide ou par vive déjà piqué se baigne palmé, enfin que bref, l'expérience modifie notre rapport « au monde comme il vient ».
  • Ouais, je ne suis pas d'accord, j'ai lu je ne sais plus où, que les mecs et les meufs qui font du surf où il y a des requins continuent à en faire même si d'autres surfeurs se sont fait bouffer.
  • Ouais, enfin le mec ou la nana qui s'est fait bouffer par des requins ne surfe plus, non ?
  • Donc nous revenons au point de départ, « le monde comme il vient » est une expression qui n'a pas de sens.
  • Si, sexuellement.
  • Ah, non, pas de çà !
  • Mais même dans le domaine sexuel, c'est encore un leurre, non ?
  • Ah,non, pas de çà !
  • … Parce que le monde n'a pas voulu de nous...
  • Mais qu'est-ce que tu dis ?
  • C'est pour conclure.
  • Ouais mais enfin ...même pour les grosses ficelles, il faut les employer opportunément pour que çà marche...
  • Ah, non, pas de çà.
( ce forum ne trouve pas sa fin, sa conclusion ou sa pirouette finale.)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire