vendredi 24 juillet 2015

Papy MEUJOT passe son master II à l'Université.


Papy MEUJOT se reposait dans son jardin. Sa boite aux lettres était remplie de courriers de l'université qu'il n'avait pas encore ouvert. Suite à son malaise qui l'avait conduit à l'hôpital, Papy MEUJOT n'avait pas pu se présenter aux examens de fin d'année et à vrai dire avait totalement oublié qu'il passait un master II à l'Université. Il avait toutefois lu la carte postale envoyée par Josette ; « tout va bien, sommes au bord de la mer, ne sais pas encore quand le bus repartira, à bientôt, Josette » avait écrit Josette au dos d'une reproduction d'un tableau de Gauguin récemment acheté par l'Etat du Qatar.
« Nous voilà bien, se disait Papy MEUJOT, une fille qui se lance dans une carrière d'espionne rousse du réel et qui se fait détourner de sa voie comme une bleue par un bus ! » Papy MEUJOT était toutefois rassuré en son for intérieur par les mouvements récents des agriculteurs et éleveurs bretons qui réclamaient de pouvoir vivre de leur métier et travail et qui, pour être entendus, bloquaient des sites touristiques comme le Mont Saint-Michel et des autoroutes comme l'A68. « Tant qu'il y aura des paysans, il y aura du réel !, se disait-il, on ne liquide pas une profession qui a plus de deux millions d'années comme on a pu en liquider d'autres qui n'avaient que deux ou trois cents ans... faire pousser des plantes et s'occuper des animaux obligent à être dans le réel, du moins c'est ce que je crois... » Papy MEUJOT se demandait toutefois qui était donc ce « on » opaque qu'il évoquait lui-même faute de mieux. Parfois, il en venait à élaborer la théorie de l'ectoplasme généré par la lâcheté des uns et des autres, par les mesquineries des unes et des uns, bref, par la somme de toutes les saloperies que plus d'un et ses autres cherchent à maquiller derrière un tas de discours et qui tel un golem devient ce « on » accusé d'être responsables de tous les maux et les vilenies.... Papy MEUJOT se souvint de Josette lui racontant s'être toujours méfiée de ce « on » dont il lui avait été répété plus d'une fois alors qu'enfant et pré-adolescente que « On » disait que les roux puaient. « C'est bien cela, se disait Papy MEUJOT, « on » est ce lâche bourreau en chacun de nous qui ne veut pas construire un monde meilleur mais juste sadiser et se distraire des effets du mal qu'il répand ...» Conscient qu'il broyait du noir, Papy MEUJOT respira profondément afin de retrouver joie et entrain. Il tenta de se distraire en avançant en aveugle dans ce qu'il savait de la masse noire qui nous entoure, constitue 80% de notre environnement et dont nous ne savons et ne voyons rien. « est-ce que lorsque je suis dit « broyer du noir », suis-je en fait vraiment en train de mâcher de la matière noire ou enveloppé de matière noire ou broyer de la matière noire ? » , se demandait Papy MEUJOT.
Papy MEUJOT respira profondément et son esprit chercha à le distraire avec le souvenir d'un article lu quelque part  : il s'agissait d'une interview du chorégraphe Angelin PREJLOCAJ qui, enthousiaste, parlait dans son parcours de danseur de sa découverte de Merce CUNNINGHAM, et se faisait objecter par une jeune journaliste que CUNNINGHAM avait rendu « la danse abstraite », objection qui sonnait tel un reproche. Papy MEUJOT en avait été tout étonné ; en effet, ainsi que le lui avait expliqué Josette et pour ce que Papy MEUJOT en avait compris, Merce CUNNIGHAM avait libéré les corps et la danse en faisant basculer le « ballet » dans l'abstraction. « Les jeunes ont oublié, mais la danse était soumise à des récits psychologiques en sous-texte ou en dérivé de rythmes musicaux qu'elle se devait d'illustrer ! Même les danses de GRAHAM étaient farcies de grosses références mythologiques !  Rendre la danse abstraite signifiait la débarrasser de ce qui n'est pas de la danse et la faire apparaître pour ce qu'elle est : des corps et du mouvement, motion is emotion. That's it ! Et qu'ainsi, aussi, elle, la danse, puisse, ainsi, aussi, être reconnue comme présente dans le spectacle du monde ! N'y a t'il pas encore en France sur les déclarations des droits d'auteurs des chorégraphes qui déposent leurs danses cette question de l'argument qui traîne  ? C'est de la danse chérie ! Pas de l'argu qui ment ! La musique est-elle critiquée pour son abstraction ? Tel un musicien travaille son instrument chaque jour, Merce CUNNIGHAM a travaillé son corps et exploré des voies, tout cela paraît évident aujourd'hui mais cela ne l'était pas du tout à l'époque ! » Papy MEUJOT était pessimiste quant à la possibilité d'une histoire de l'art qui ne passe pas par les pratiques des arts : « Ce sont de fausses histoires des arts qui raconteront toujours autre chose que les histoires des arts, parce que servant d'autres intérêts !  De toutes les façons, les trois quarts des critiques des arts sont de nos jours malades d’intellectualisme et c'est cet intellectualisme pourri qui essaye également de remplacer les arts eux-mêmes !» Puis, content de lui-même et de ses pensées récentes qui le restituait jeune et beau, Papy MEUJOT s'endormit dans sa chaise longue. Il était confiant, il savait que quoiqu'il arrive, son téléphone sonnerait à 18h00.

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