mardi 12 novembre 2013

les années 80 : le stage à FR3 Nice-Biot.




Dans les années 80, je faisais un stage à FR3 Nice-Biot (cf. les épisodes précédents). Le premier jour de mon stage, le rédacteur en chef m'avait expliqué qu'il avait un représentant important de la CGT dans son équipe de journalistes et que celui-ci lui avait clairement fait comprendre qu'il était hors de question qu'une stagiaire non rémunérée et non issue d'une école de journalisme puisse mettre la main à la pâte dans la confection des sujets télédiffusés et donc le rédacteur en chef m'expliquait que je devrais me contenter d'être là sans « pouvoir rien faire ». Je lui expliquais que mon stage se déroulait dans le cadre d'un cours de sociologie des médias et que par conséquent, je n'avais pas pensé que je ferais autre chose que de l'observation. Là, je pourrais écrire que le mec m'a regardé bizarrement pour donner un semblant de dramaturgie ou de fun de téléfilm américain mais en fait je ne m'en souviens plus et d'ailleurs il est fort possible que je n'ai rien dit ou que j'ai feint de trouver cela dommage. Mais il est vrai que je n'avais pas prévu de confectionner de sujets journalistiques parce que j'avais bien retenu la leçon de la nécessité de l'écart de la position sociologique qui tente d'être une science. Disons que j'avais trouvé réjouissant de trouver une matière universitaire qui prône le retrait nécessaire à l'observation. Bref, sans doute le rédacteur en chef feignait-il aussi d'être désolé. Puisque de toute façon, tout le monde en avait déjà marre et tentait de faire face jour après jour, en évitant soigneusement les choses trop impliquantes. Je crois d'ailleurs que, comme d'habitude, je ne m'étais attendu à rien de spécial et que je n'avais rien prévu ou imaginé à l'avance. Par réflexe de survie. Ou de non-vie. Ainsi, chaque matin, j'assistais à la conférence de la rédaction, peut-être que le rédacteur en chef m'assignait à une équipe, peut-être que cela se faisait informellement, que certains se proposaient de m'emmener parce qu'ils allaient ici ou là, etc... Chaque équipe était constitué d'un journaliste classique et d'un caméraman qui pouvait aussi être journaliste reporter d'images. Tous pensaient et disaient que leurs boulots étaient menacés, craignaient tels les pilotes d'avions d'être obligés de se retrouver seuls pour faire les reportages, ce n'était pas que faire « tout le boulot tout seul » les effrayait, c'était que « cela n'aurait plus de sens de le faire tout seul ». n'aurait pas le même sens. Dans le même temps, les mecs ( il n'y avait qu'une seule nana journaliste qui sortait de l'école de journalisme de Marseille, une nana pour présenter la météo, nana qui avait été peut-être miss côte d'Azur, si je me souviens bien, une nana pour la documentation, peut-être une autre pour le montage, une pour la comptabilité... je ne retrouve plus mon rapport de stage qui me permettrait de vérifier ces détails, il me semble l'avoir vu pour la dernière fois ; saturé de pisse de chat après avoir séjourné dans un carton qui fût le lieu d'une guerre d'urine entre les chats mâles que j'avais sous ma garde, guerre dont les enjeux m'échappe puisque mon odorat ne percevrait que le 39e de ce qu'en perçoit un chat, bref je présuppose que je n'ai pas du juger mon rapport de stage à FR3 nice Biot comme un document important à conserver malgré une imbibation forte d'urine de chat contrairement par exemple à la photocopie de mon permis de conduire retenu en otage par le ministère de l'intérieur au nom de ma soit-disant maladie mentale) donc les mecs creusaient leurs tombes tout seuls : un des grands jeux de chaque matinée était de réussir à se faire inviter pour le déjeuner de midi. Mais il est sûr que le regard sur le monde et a fortiori depuis des médias locaux ne peut être le même pour une personne de vingt et quelques années ou de plus quarante ou cinquante années. Ceci dit, je n'ai aucun souvenir de payer quoique ce soit le midi lorsque j'étais avec eux, j'ai souvenir qu'ils payaient toujours ou me faisaient offrir ma bouffe parce qu'eux étaient payés et défrayés et moi, stagiaire et cinglée.
Nous étions en 1989, c'était l'été, le mur de Berlin n'était pas encore tombé ou alors en janvier. Par contre, Touvier venait d'être arrêté et chacun avait sa petite histoire et anecdote. Grosso modo, tout le monde, depuis des années, savait qu'il vivait à tel endroit puis s'était caché dans tel couvent ou tel monastère et c'était ainsi la soudaine volonté de l'arrêter qui avait surpris tout le monde. Blablabla. Blabla. Ainsi donc, un matin, je me retrouve dans l'atelier de Sosko à Nice. Les journalistes font un reportage et Sosko raconte et cabotine. Pour ce que j'en avais compris, Sosko était une sorte de sculpteur officiel de la ville de Nice, une sorte d'Arno Breckner et je ne souviens plus si Jacques Medecin était encore maire ou si il avait déjà fui à Punta del Este. Bref, pendant que les journalistes faisaient des plans d'images-mouvement, l'assistant de Sosko est venu me raconter qu'il avait été aussi l'assistant de César et que son problème était de n'avoir jamais réussi à se centrer sur un travail précis, « je pouvais tout faire alors je ne faisais rien personnellement et ainsi j'ai aidé les autres », me disait-il substantiellement et cela m'avait frappé telle de la foudre. Peut-être avait-il été aussi assistant d'Arman, je ne sais plus mais je crois bien que c'est à cette occasion que j'en ai entendu parler pour la première fois. Puis, peut-être le même jour, ou un autre, nous sommes allés à la Fondation Maëght pour une exposition sur les dernières œuvres des peintres et il me semble qu'il y avait aussi une exposition de Lucian Freud et peut-être Bacon en même temps mais il est possible que je me trompe. L'exposition sur les dernières œuvres des peintres tentait de se demander si les dernières œuvres constituent un aboutissement, un constat d'échec, un virage, un dépassement, etc....et concluait qu'il n'y avait pas de règles générales et que c'était différent pour chaque peintre. Puis, c'est peut-être en cette fin d'après-midi là, que je suis allée saluer le frère du mari de la sœur de ma mère à la table de mixage du son (et non de montage comme je l'ai écrit précédemment, cf les épisodes précédents) et qu'il m'a alors montré un collage qu'il avait fait de tous les ratages d'un journaliste qui avait beaucoup de mal à enregistrer les textes de ses sujets et qui, au bout de la quatrième prise, où son texte avait débordé sur l'interview, où il avait mangé une phrase, où il avait soudain était pris de paralysie faciale l'empêchant d'articuler, etc... se mettait à hurler un tas d'obscénités. J'ai du en regarder une demi-heure, c'était assez fascinant comme un traité pratique d'illustration en creux de l'esthétique du ratage éclairant la vanité humaine à vouloir raconter, montrer, expliquer, maîtriser et il y en avait encore plusieurs heures. Puis après, j'ai pris le petit train pour rentrer à Cannes où je logeais chez la mère du père de C qui avait été institutrice et épouse d'un homme peut-être kabyle, important et oublié de la révolution des algériens contre l'occupation de leur pays. Le mari de la sœur de ma mère et son frère étaient eux rentrés en France en 1962 avec leur mère après avoir quitté l'Algérie qu'ils avaient cru être leurs pays puisque sans doute leurs grand parents y vivaient déjà. Et je n'ai jamais compris pourquoi « on » les appelle des « pieds noirs ».

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