jeudi 30 octobre 2014

Les mythologiques : Jean et Renée LECUYER.




A la fin des années 60, nos parents habitaient à Villars sur Ollon. Notre père enseignait la littérature française et la philosophie dans un pensionnat suisse dirigé par un couple dont le mari avait fait ses études comme notre père ou Jacques CHESSEX au collègeSaint-Michel fondé en 1582 par des jésuites à Fribourg et dont la femme venait d'une riche famille italienne. Ils avaient racheté et l'ancien sanatorium et l'ancienne pension de jeunes filles où la femme avait étudié et voulaient faire un pensionnat moderne . « Moderne » était souvent un terme qui était employé pour dire d'abord « mixte ». Ceci bien sûr pour ce que nous en savons et avons compris . Mais il se peut que nous nous trompions.
Nos parents était logés. Après un appartement dans un grand chalet situé dans le village d'à côté soit Chesières, nos parent se sont vu proposer un chalet dans Villars même à la condition de le libérer l'été car y séjournait l'encadrement des groupes d'étudiants, le plus souvent américains, qui venaient pour des camps d'été. Le premier été, nos parents sont allés dans la ferme de la mère de notre père. S'y trouvaient également en vacances les deux jeunes sœurs de notre père qui avaient toutes deux des enfants à peu près du même âge et qui, d'après notre mère, étaient alors en rivalité et n'arrêtaient pas de s'engueuler ; notre Père ayant de son côté été embauché pour les travaux de la ferme comme au temps de sa jeunesse, nos parents ont pensé qu'il devait être possible de faire mieux comme vacances. Notre mère s'est souvenue qu'elle avait hérité de son père des terrains à Saint-Lunaire en France, et a donc demandé à sa mère vivant à Rennes des informations. Ensuite soit la mère de notre mère, soit nos parents ont trouvé une simple location à Saint-Enogat pas très loin de la maison de Juliette DROUET où était reçu notamment Victor HUGO et qui surplombe la plage où Lawrence d'Arabie faisait des patés de sable et moi mes premiers pas . Notre père est alors allé à la mairie de saint-Lunaire regarder les plans du cadastre et a trouvé les terrains. Il y avait un terrain dans le lieu-dit « la ville even » et un autre dans le lieu dit « la croix Mignon ». Les terrains étaient en friche. A la Croix Mignon, notre père a sympathisé avec les voisins jouxtant le terrain, ils lui ont prêté des outils pour défricher, et peut-être notre père a-t'il acheté des outils qu'il pouvait laisser chez eux. C'était un couple d'ouvriers agricoles qui travaillaient ponctuellement dans une ferme située dans le lieu-dit la Ville-au-Coq. La femme était gitane et plus âgée, peut-être de dix ans que l'homme :Notre mère disait qu'elle faisait « la maman » de l'homme plus que sa « femme ». Elle portait toujours sur la tête des foulards avec des petits écussons dorés accrochés. Elle avait le cheveu éparse et était presque chauve et ma sœur et moi n'aimions pas lui faire la bise car elle avait de la barbe. Elle avait un fils ou des petits fils qui venaient de temps en temps la voir : c'étaient eux « ses » hommes, il fallait la voir nous les présenter. Dans mon souvenir, ils vivaient en caravane en banlieue parisienne. Notre mère disait que ces gens-là sont le Quart-Monde et j'avais compris que le Quart Monde ce sont les personnes qui sont encore plus pauvres que le Tiers-monde. L'homme tel un chiffonnier ramassait toujours un tas de trucs dans sa carriole et, derrière leur maison, il y avait un gros amas d'un tas de machins dont notamment la carcasse d'une traction avant. Il faut rappeler qu'à l'époque les « ordures » étaient réunis et brûlés à ciel ouvert dans un dépotoir soit un simple terrain situé à l'entrée du village et sans aucune structure administrative ou clôture matérielle. La gestion des déchets était une question résolue plus ou moins au petit bonheur la chance. Jean Lécuyer , donc, allait souvent faire un tour au dépotoir pour y découvrir des merveilles qu'il entassait ensuite derrière sa maison où il habitait avec Renée.
Après avoir défriché le terrain de la Croix-Mignon, nos parents y sont revenus les années suivantes faire du camping. Ils ont aussi demandé à pouvoir en disposer légalement et la mère de ma mère ayant tellement peur de faire un impair a préféré couper en deux chaque terrain plutôt que de faire deux lots séparés. Ce qu'ont toujours regretté nos parents. Trouvant ridicule que chaque sœur hérite de deux petits bouts de terrain agricole plutôt que d'un grand terrain agricole chacune. Et surtout, nos parents aimaient leur autonomie.
Notre mère disait souvent qu' « au début, les gens les prenaient pour des fous ». Ils récupéraient et sans doute payaient 50 à 100 litres d'eau par jour dans des bidons et notre père avait creusé au fond du terrain une fosse à purin pour y jeter les excréments. Nous allions prendre des douches peut-être une fois par semaine dans les bains-douches de la plage de Dinard et notre père nous attendait au café. Puis nous rentrions en bus qui était bondé et notre père laissait toujours sa place à une vieille dame, ce qui avait le don de nous exaspérer ma sœur et moi puisqu'ainsi il était impossible de voyager à côté de notre père et de nous retrouver toujours avec une vieille inconnue à côté de nous. Puis nos parents ont fait installer l'eau.Puis ils ont construit un abri de jardin avec un évier et un chauffe-eau. Puis ils ont agrandi l'abri de jardin et ont installé une salle de bains.
La maison des voisins, les Lécuyer, soit Jean et Renée, était assez sommaire et n'avait pas de salle de bains. Il y avait à l'étage deux chambres, et au rez-de-chaussée une grande cuisine, des commodités soit des toilettes et une pièce où le type découpait des vieux journaux pour en faire des carrés de papier toilettes et avait installé son atelier car le type s'était soudain mis à peindre : de la peinture à l'huile et au couteau. Il peignait sur des assiettes ou des bouts de bois. Il a beaucoup reproduit la Vieille Eglise de Saint-Lunaire, la pointe du Décollé, puis il avait vu les reproductions de Monet que nos parents avaient installés dans leur abri de jardin et il en avait copié. Nos parents ont suspendu deux de ses assiettes dans le salon aménagé dans l'abri de jardin et la mère de notre mère lui en a acheté. Ils avaient un grand jardin potager qui jouxtait notre terrain et un poulailler où il nous avait une fois montré des poussins venant de naître. Ils donnaient souvent des légumes à nos parents qui leur donnaient aussi par ailleurs de l'argent et l'almanach Vermot que notre mère achetait chaque année en même temps que l'almanach du Pèlerin destiné à la mère de notre père. Jean Lécuyer nous avait donné un jour un lapin que nous avions nourri ma sœur et moi et qu'ensuite Jean Lécuyer avait tué et préparé pour notre mère. Et dans mon souvenir, à table, ma sœur et moi n'arrêtions pas de pleurer Jeannot lapin alors que nos parents nous trouvaient bien trop sentimentales puisque jeannot lapin était très bon. Il y avait aussi dans leur jardin un grand cerisier où nous étions allées cueillir des cerises un jour avec F. ma copine d'internat qui avait trouvé que ce mec, soit jean lécuyer, n'était pas net. C'est vrai que parfois, nous pouvions nous apercevoir qu'il était dans la haie à nous regarder avec un air plutôt hagard sans qu'il soit possible de savoir depuis combien de temps il était là mais le censeur de l'internat faisait cela aussi.
Un jour, ma sœur et moi avions réussi à entraîner notre père a joué avec nous. Nous avions des matelas pour dormir qui, la journée, étaient rangé à la verticale et ma sœur et moi jouions à nous mettre sur les tranches des matelas et faire comme si nous étions dans un avion à larguer des bombes soit les matelas, le but du jeu étant de tenir le plus longtemps avec le moins de matelas. Et de ne tomber qu'avec le dernier matelas. Donc un jour, nous avions réussi à entraîner notre père à jouer avec nous à ce jeu débile et nous rions tous comme des débiles quand tout à coup, nous avons entendu une voix fébrile « y a quelqu'un ? Y a quelqu'un ? » Notre père a rajusté sa mèche et ai allé voir : Jean Lécuyer lui demandait s'il avait besoin de lui ou je ne sais quoi. Notre père a parlé un peu avec lui puis jean Lécuyer parti, il nous a dit ensuite qu'il fallait arrêter de jouer et quand nous lui avons demandé ce que voulait Lécuyer, notre père a dit une chose puis en se marrant quelque chose comme « peut-être qu'il a du croire que j'abusais de mes filles et voulait savoir s'il pouvait participer à la fête . » et je me souviens parfaitement me « détacher » de la scène et me demander pourquoi est-ce qu'il disait des imbécillités pareilles.
Puis Jean Lécuyer est mort. Une autre voisine a raconté à ma mère et à mon père qu'alors René est partie tout de suite avec ses enfants ou petits enfants venus la chercher. C'est la voisine qui s'est occupée de laver le corps et elle a dit à mes parents que c'était vraiment horrible parce qu'il était vraiment sale. C'est la mairie qui s'était occupée de l'enterrement et qui avait fait rechercher sa famille à lui pour hériter de la maison. La voisine avait aussi nettoyé peut-être avec d'autres tout le fatras de trucs et de machins qu'il avait accumulé. Il y avait aussi un immense tas du magazine « Détective ». C'est à ce moment-là que mes parents ont appris que Jean avait été condamné en région parisienne pour attouchements sexuels sur des mineurs, que lui-même avait du être abusé dans son enfance, qu'à sa sortie de prison, il avait rencontré Renée et qu'ils s'étaient installé là dans cette maison dont il avait peut-être hérité .
Jean Lécuyer a été enterré dans le cimetière qui jouxtait notre terrain de la Croix Mignon, cimetière dans lequel nous allions jouer, ma sœur et moi, lorsque nous étions petites, à redresser les pots de fleurs tombés et traquer les lézards. Après la mort de Jean Lecuyer, ma sœur et moi, nous nous amusions à nous faire peur en disant à l'autre « oh regarde, c'est le fantôme de Lécuyer qui arrive du cimetière ! ».
Aujourd'hui, encore, je ne sais jamais trop quoi penser de cette histoire.

mardi 28 octobre 2014

Louise et les chics types en stéréo, ou le bovarysme sifflera trois fois.


Louise poursuivait sa lecture aléatoire de l'ouvrage parcouru dans son enfance avec son père soit cent ans d'histoire de France raconté par Emmanuel BERL.. Louise lisait la page trois cent vingt trois intitulée « Reines du music-hall » : « Le music-hall de 1900 n'est pas moins prospère que le théâtre. Aux Folies-Bergère, institution nationale, et même mondiale, s'ajoute le Casino qui prétendra rivaliser avec lui, et que bientôt Gaby DESLYS illustre par ses amours royales et ses jarretières incrustées de pierres précieuses. TABARIN, MARIGNY, le MOULIN-ROUGE font eux-aussi des salles combles où le ublic s'enchante de voir « le Quadrille » célèbre qui continue le second Empire, d'entendre Yvette GUILBERT détailler suavement « le Fiacre » et « Madame Arthur ».
Le Paris de 1900 regorge de cabarets de flonflons et de chansons : cabarets de Montmartre : le Ciel, l'Enfer, l'Abbaye de Thélème, le Rat mort, bals musette de la rue de Lappe ; cafés chantants de Ménilmontant, de Belleville. Il possède et mobilise pour l'Exposition une équipe de chanteurs sans rivale : BRUANT d'abord, puis les « quatre grands », MAYOL, DRANEM, POLIN, FRAGSON, qui chantent « cousine », « les petits pois », « ma tonkinoise », « vous êtes si jolie »... Tout le peuple de Paris fredonne ces chansons, le monde entier les répète. A chaque carrefour, on entend, sur les orgues de barbarie, les refrains célèbres qui « se vendent un sou ». après un demi-siècle, et quoique les paroiers français aient conclu avec les poètes des alliances efficaces, l'année 1900 reste la « grande époque » de la chanson. Si elle a ses quatre grands, le music-hall a ses trois grandes : la Belle Otéro, Liane de Pougy, Emilienne d'Alençon, couritsanes illustres et comblées ; leur prestige rappelle celui des « lionnes » du second Empire et annonce ceu des « vamps » que produira le cinématographe. Jean de TINAN se promettait d'écrire un livre sur « Cléo de Mérode, considérée comme symbole populaire ». Paris est fier que ces dames soient les amies des rois, de Léopold II, d' Edouard VII, d'Alphonse XIII. Il a besoin de ces légendes, il ne se lasse pas d'entendre arler de leurs caprices, et de leur luxe, de savoir qu'Otéro s'est enfuie de chez le grannd-duc Nicolas en sautant par le fenêtre, de contempler son collier de perles qui, écrira Colette, « vaut un royaume ». Ces dames laissaient sur les tables de casino plusieurs milliards de francs légers. Et les grands de ce monde avaient à cœur de subvenir à leurs dépenses illimitées. Car elles ne sont pas seulement des objets de désir (sans doute « les déshabiller était une vaste entreprise qu'il fallait préparer de longue main, comme un déménagement ») mais elles sont aussi l'incarnation du luxe parisien, la rue de la Paix faite femme, l'éclat pierreries et des perles que déversent sur elles BOUCHERON et CARTIER. On admire leur biographie non moins que leur beauté : Liane de POUGY qui épousera le prince GHIKA , divorce, se remarie avec lui, et finit dans un couvent de Lausanne, offre au public un type parfait de ces destins hors série. »
Louise s'était endormie à côté du livre d'images.

dimanche 26 octobre 2014

Les années 80 : le stage à FR3 Nice Biot (suite)




J'étais allée dîner ce samedi soir chez le frère du mari de la sœur de ma mère qui m'avait pistonné pour un stage non rémunéré et d'observation à FR3-Nice-Biot (cf. un épisode précédent) Le type était sympa, il avait une deuxième femme dont il était amoureux et réciproquement, ils avaient un jeune garçon mais l'homme était atteint d'une maladie dégénérative de peut-être les nerfs et se savait condamné. Cela créait une atmosphère très particulière, comme d'être dans une maison où la mort a une chambre d'ami. J'avais ressenti comme une attente de leur part à mon égard, comme si j'aurais du leur dire quelque chose, leur porter une parole, leur expliquer pourquoi alors qu'ils se sont trouvés, ils devraient à nouveau se séparer. Tout cela me semblait beaucoup trop grand et lourd pour moi. Je ne me souviens pas des propos tenus ce soir-là, je me souviens de cette femme amoureuse qui ne comprend pas. Ensuite, pour une raison qui m'échappe aujourd'hui, j'étais allée dormir chez Valérie H. qui était jeune journaliste à la rédaction de FR3-Nice-Biot. Là , pour une raison qui m'échappe aussi, se trouvait un autre jeune journaliste qui dormait déjà. Valérie a téléphoné au cours de la nuit parce qu'elle était à Sanary où elle tournait en voiture depuis des heures à la recherche de sa bande de potes qu'elle ne les trouvait pas. Je me suis rappelée que le week end précédent (cf. un épisode précédent) j'avais discuté avec un type de la bande qui m'avait expliqué ne pas être de la bande mais être en vacances à Sanary dans une maison en dur appartenant à ses parents, les autres faisant du camping. Je m'étais même souvenu de son nom et avais dit à Valérie de le chercher dans l'annuaire. En effet à cette époque, il y avait, dans les rues, des cabines téléphoniques avec des annuaires dedans, même si bien souvent les annuaires avaient été volés ou détruits par pur vandalisme. Nous avons du échanger deux trois paroles convenues avec le journaliste puis nous nous sommes rendormis. Ce n'est qu'aujourd'hui que je me rends compte que la situation aurait pu être génante, mais j'étais tellement habituée à vivre en collectivité, à dormir ici ou là et de plus à cette époque, le sommeil m'aimait, je le trouvais toujours rapidement. Le lendemain, le type s'est réveillé tôt, il s'est douché, a pris son petit déjeuner et nous avons du parler un peu avec lui depuis notre lit d'appoint. Le type m'a dit que si je ne savais pas quoi faire ce dimanche, je pouvais les accompagner lui et un autre journaliste dont j'ai aussi oublié le nom, qu'ils repasseraient me chercher en voiture deux heures plus tard, nous avons trouvé que c'était une bonne idée et nous avons accepté. L'autre journaliste, plus âgé, était aussi un peut-être vacataire, il se présentait comme un journaliste Reporter d'images, il avait travaillé dans les îles des DOM-TOM pour peut-être RFO et avait fait notamment un truc comme « la boite noire  à Saint-Pierre et Miquelon » (ce n'est peut-être pas l'expression exacte). Nous sommes donc allés à un concours de saut en parachutes : en rase campagne, différentes équipes de peut-être huit à dix personnes sautaient en parachute depuis un hélicoptère et devaient tomber sur une cible dessinée au sol comme dans les jeux de fléchettes, l'équipe récoltant le plus de points gagnerait. Il y avait aussi toutes sortes de stands autour de grandes tablées en bois : saucisses grillées, bière, vente de stocks d'habits de l'armée, vente de livres et revues, chasse-pêche, légion étrangère, anciens combattants, front national. L'atmosphère était assez bon enfant, viril encadré par des femmes à poigne qui considèrent que leurs bons hommes sont des gamins. A moins qu'elles ne le sachent. Après avoir fait chacun leur tour en hélicoptère pour leur reportage, les journalistes ont négocié que je puisse en faire un pour voir. J'étais en robe et je me suis rapidement trouvé toute nue en raison des masses d'air déplacées par les palettes et je n'avais pas pensée tout de suite à plaquer mes mains sur ma robe. Ce qui de toute façon, était vain. Arrivée dans l'hélicoptère, le pilote m'accueillit avec un grand sourire. Il est toujours un peu gênant de rencontrer un bel homme que vous ne connaissez pas et qui vient de vous voir presque toute nue. J'ai essayée de m'échapper en regardant à l'arrière où se trouvait derrière une grille huit à dix hommes de l'équipe de l'armée de l'air qui m'ont souri également. Le pilote a compris que j'étais une gourde et m'a conseillé d'accrocher ma ceinture. Il a décollé. Là, j'ai compris qu'il n'y avait pas de porte à ma droite et je ressentais toutes sortes de sensations contradictoires entre l'hélicoptère qui montait à pic, le bruit, les pressions. J'avais peur de regarder par ma droite de peur de tomber. Il y a du avoir des conversations, des paroles et des blagues échangées dont je ne me souviens plus, je me souviens vaguement du paysage, de la politesse des garçons. Ce dont je me souviens parfaitement, c'est lorsque l'hélicoptère s'est stabilisé, que les hommes ont ouvert la porte de leur côté et ont sauté dans le vide. L'hélicoptère ne faisait plus de bruit. Là, soudain tout était calme, luxe et volupté. Les types sautaient dans le vide avec une telle aisance et une telle joie que cela devenait désirables. .Je me souviens du visage de l'un des militaires alors que dans le vide dans une position de fœtus. Un sourire d'une paix immense. L'expérience de la liberté. Puis nous sommes retournés au sol. Lorsque des années plus tard, une chorégraphe qui travaillait avec des cosmonautes et faisaient des vols antigravitationnels avec eux, lorsque des années plus tard, une chorégraphe me raconterait que la plupart des cosmonautes dépriment lorsqu'ils reviennent sur terre, j'estimerais pouvoir le comprendre en repensant à ce moment où dans l'arrière pays niçois, l'hélicoptère est redescendu, a atterri, où je suis ressorti et ai marché sur la terre ferme. D'éprouver cette nostalgie d'une intensité.
Après il est possible que nous soyons allée faire un autre reportage, ou que nous ayons déjeuner là-bas et attendu les résultats du concours. Je ne me souviens plus. Il me semble que j'étais atterrée par les auteurs et les titres des bouquins qui étaient vendus n'ayant pas encore pris conscience du tas d'imbécilités discutables qui déjà se trouvaient dans les coins livres des supermarchés et il me semble que les journalistes m'avaient dit qu'il ne fallait pas en faire un plat. Mais cette expression est d'ordinaire dans la bouche de mon père. Et je regrette de ne jamais eu avoir la présence d'esprit de lui demander de son vivant si je pouvais alors en faire une cruche. Peut-être le lui ai-je dit d'ailleurs. Ma mémoire n'est plus si nette. Plus impressionniste.

Il y avait un trou dans l'emploi du temps et les journalistes m'avait alors proposé de m'emmener à Monaco que je ne connaissais pas. L'un des journalistes était un fan de formule un et nous avons je crois tourner une ou deux fois dans le circuit officiel du Grand Prix de Monaco, soit les routes de la ville elle-même Le type parlait des virages comme un danseur parle de suite de pas dans un enchaînements. Nous avons garé la voiture dans un parking souterrain et je me souviens avoir ri devant des grands panneaux dessinés montrant côte à côte un homme en maillot de bain barré et un homme habillé en costume-pantalon : une tenue correcte était exigée pour se promener en ville. La ville me semblait bizarre, un côté carton pâte et dans le même temps, cela me rappelait la Suisse l'été. Je me suis peut-être vaguement souvenue d'un garçon qui avait été dans la classe de ma sœur dont la mère était agent immobilier à Monaco. Les garçons voulaient m'emmener à l'hôtel de France pour manger des pâtisseries. Dans une grande salle à atmosphère feutrée comme dirait notre père, quelques vieilles dames discutaient devant un thé et des pâtisseries. Ce n'est qu'aujourd'hui que je réalise que pour notre père, ce genre d'endroits devait évoquer l'Hôtel des Bergues, à Genève, où les moquettes épaisses et les rideaux en velours n’atténuèrent que peu l'effroi de sa mère alors jeune novice à peine sortie du couvent mais déjà jeune mariée nouvellement violée par son mari lors de sa nuit de noces.
Un monsieur en livrée blanche est venue avec un chariot dans lequel nous avons à notre tour choisi des pâtisseries. Les garçons ont pris des cafés et peut-être moi aussi. Je n'ai pas payé mais je me souviens avoir vaguement vu des gros billets et peu de monnaie mais les garçons n'ont pas voulu me dire.
Ensuite, nous sommes rentrés à Nice ou peut-être m'ont-ils ramené directement à Cannes où je logeais chez la grand-mère de C. avec C. qui faisait un stage d'ingénieurs à Grasse. La grand-mère de C. était partie quelques jours en vacances et des amis de C. étaient là.
Puis C. m'a engueulé parce que je ne l'avais pas prévenue que je ne rentrerai qu'en fin d'après-midi. Et je me souviens ne même pas comprendre de quoi elle me parlait. Ni même d'où elle me parlait.

[« Pourquoi ai-je l'impression d'avoir déjà écrit ce texte se demandait Louise à moins que josettemanuellevictormartinemauricegeorgeslucyetlesautres ? » ]

Les années 90 : l'enregistrement de l'émission de télévision du câble.





En l'an 93, j'étais assistante de production dans la compagnie de la chorégraphe d'Odile Duboc devenue centre chorégraphique national de Franche-Comté à Belfort Sochaux en l'an 90. Cette année là, soit 1993, la compagnie présentait une nouvelle création à la maison des arts de Créteil dont le directeur Jean Morlock prendrait sa retraite en fin de saison et dont le prochain et toujours directeur venait d'être nommé (soit le mec du théâtre de Maubeuge dont le nom m'échappe pour l'instant). C'était un projet qui avait longtemps occupé l'esprit d'Odile Duboc et elle avait, cette fois , eu presque tous les moyens de le mener à bien. La pièce s'intitulait « projet de la matière ». La pièce était toutefois encore fragile et dans la scénographie, et dans le corps des danseurs, sans parler des costumes pour lesquels Odile Duboc subissait une sorte de malédiction. Françoise Michel, l'éclairagiste de la compagnie, femme d'Odile Duboc et co-directrice de la compagnie, le tout dans cet ordre, m'avait ce jour-là donné un bout de papier sur lequel était inscrit un numéro de téléphone en m'expliquant que telle journaliste allait parler de la pièce dans une émission qui passait sur le câble, que personne de nos connaissances n'avait le câble ou cette chaîne, qu'il fallait essayer de récupérer l'enregistrement de l'émission et au pire aller faire le public de l'émission pour entendre ce qui serait dit. Bien sûr, ce fut la pire des hypothèses qui advint. L'émission était enregistrée l'après-midi dans des studios situés, dans ma mémoire, derrière Montmartre, nous sommes en 93 et les studios de la Plaine Saint Denis dans le 93 n'existent peut-être encore pas du tout. Je me souviens devoir attendre debout trois plombes soit peut être vingt minutes dans un hall digne d'une MJC, je ne me souviens pas combien il y avait de personnes mais je me souviens avoir été effrayée par la vision de cette humanité désoeuvrée. Ensuite, les assistants divers et variés nous avait fait entrer dans une salle sombre et froide où étaient installés des sortes de tables de café et nous avait placé telles des ouvreuses dans les théatres à l'ancienne. Au centre, très éclairés, dans de confortables fauteuils blancs, se trouvaient Franz Oliver GISBERT et ses chroniqueurs dont cette brune frisée dont le nom m'échappe pour l'instant et qui écrivait également dans le journal LE POINT. Il a encore fallut attendre pendant que ces messieurs dames se faisaient maquiller. J'ai peut-être du essayer à nouveau de coincer une ou un assistant pour récupérer l'enregistrement de l'émission mais j'avais rapidement compris que j'étais du coté des veaux. Sur la table, il y avait un verre qui ne contenait même pas du vin mais un liquide coloré que je n'ai même pas essayé de goûter. Je me souviens me souvenir alors des verres de farce et attrape contenant un liquide qui ne s'échappe pas du verre. Je ne crois pas qu'à l'époque je connaissais déjà le travail de cet artiste dont le nom m'échappe pour l'instant qui passait son temps à écumer toutes les émissions de télé en tant que membre du public puis de faire des compilations vidéos de toutes ses apparitions à la télé parmi les têtes de nœud assistant aux enregistrement des émissions de télé. Je ne sais d'ailleurs si cet artiste dont le nom m'échappe pour l'instant avait déjà commencé ce travail. Bref, l'enregistrement de l'émission culturelle du câble a enfin commencé et nous entendions à peine de quoi il était question. Je trouvais ridicule la façon surjouée qu'ils avaient de parler puis de s'éteindre totalement alors que les maquilleuses venaient les éponger pendant qu'un reportage en images était diffusé sans que nous, dans le public, ne puissions le voir. Après un temps qui m'avait semblé interminable, ils en sont enfin arrivés à parler de la pièce d'Odile, la nénette a dit des trucs plutôt sympa si je me souviens bien, j'ai du prendre des notes de ce qui était dit, Franz Olivier GISBERT n'avait visiblement pas vu la pièce et relançait la chroniqueuse avec des phrases bateaux. Cela a du durer une minute ou deux maximum. Puis ils ont lancé l'extrait que je ne pouvais pas voir. Et ma mission accomplie, je me suis levée pour sortir. Une fois dans le hall, j'ai presque dû négocier ma sortie, les assistants et assistantes m'expliquant que cela poserait des problèmes dans le montage de l'émission, qu'il aurait un trou, un problème de raccord ou je ne sais quoi, je n'ai aucun souvenir de ce que j'ai dit, et sans doute, c'est là que j'aurais du en bonne professionnelle négocier une cassette de l'enregistrement de l'émission, mais je me souviens qu'il me fallait sortir ; que je ne supporterai pas plus de trois secondes et demi supplémentaire d'être dans cette farce et qu'un ou une des assistants l'a compris et a ouvert la porte. Dehors, j'ai pu respiré, loin très loin de ce cauchemar télévisé.

[« Pourquoi ai-je l'impression d'avoir déjà écrit ce texte se demandait Louise à moins que josettemanuellevictormartinemauricegeorgeslucyetlesautres ? »
  • Ben, t'as qu-à te relire pour savoir !
  • Quoi, relire toute la masse d'âneries que j'ai écrites alors que je n'ai toujours pas lu l'illiade !
  • Ben, arrête d'écrire alors !
  • Ecoute, j'ai déjà arrêté de fumer, alors bon... ]

samedi 25 octobre 2014

Ma contribution au schmilblick ou Papy MEUJOT passe son master II à l'université (II) :


Il ne faudrait pas se leurrer : l'oeuvre « Tree » de Paul Mac Carthy est de facture industrielle c'est-à-dire reproductible : sa « destruction » n'est pas irréversible comme dans le cas d'une peinture sur toile, d'une sculpture taillée ou modelée, bref réalisée à la main. De la même façon, le terme « art brut » désignerait depuis les années peut-être 50-60 les œuvres des personnes dites extérieures à l'art et non rompues aux mondanités des milieux de l'art (fous, marginaux, autodidactes, paysans, humoriste à salopette, etc.) et ce sous l'impulsion de Jean DUBUFFET et peut être Michel THEVOZ qui ainsi ouvraient une fenêtre dans « les milieux de l'art » dans lesquels ils étouffaient. Car l'art brut était surtout un outil conceptuel permettant de critiquer l'art dit « bourgeois ». De nos jours, il y a un « marché de l'art brut qui  explose » alors bon, il s'agirait de ne pas oublier qu'arts premiers, art brut, art bourgeois, art tout court et art haut et court ne seraient que des tentatives de participations au Grand schmilblick du schmilbllick. Poil à Moby Dick.

Ma contribution au schmilblick ou Papy MEUJOT passe son master II à l'université :


Cornélius CASTORIADIS a écrit un texte en l'an peut-être 1979 qui pourrait être une bonne base de travail pour la préparation du congrès des personnes qui veulent des sociétés gouvernées plutôt à gauche. Le texte s'intitule « la pensée politique » et commence ainsi : « Voici le point central de l'affaire : il n'y a pas eu, jusqu'ici, de pensée politique véritable. Il y a eu, dans certaines périodes de l'histoire, une véritable activité politique – et la pensée implicite à cette activité. Mais la pensée politique explicite n'a été que philosophie politique, c'est-à-dire province de la philosophie, subordonnée à celle-ci, esclave de la métaphysique, enchaînée aux présupposés non conscients de la philosophie et grevée de ses ambiguïtés. Cette affirmation peut paraître paradoxale. Elle le paraîtra moins si l'on se rappelle que par politique j'entends l'activité lucide qui vise l'institution de la société par la société elle-même ; qu'une telle activité n'a de sens comme activité lucide, que dans l'horizon de la question : « qu'est-ce que la société ? Qu'est-ce que son institution ? En vue de quoi cette institution ? Or les réponses à ces questions ont toujours été tacitement empruntées à la philosophie – laquelle, à son tour, ne les a jamais traitées qu'en en violant la spécificité à partir d'autre chose : l'être de la société/histoire, à partir de l'être divin, naturel ou rationnel ; l'activité créatrice et instituante, à partir de la conformation à une norme à une norme donnée par ailleurs.
Mais le paradoxe est réel. La philosophie naît, en Grèce, simultanément et consubstantiellement avec le mouvement politique explicite (démocratique). Les deux émergent comme mises en question de l'imaginaire social institué. Ils surgissent comme interrogations profondément conjointes par leur objet : l'institution établie du monde et de la société et sa relativisation par la reconnaissance de la doxa et du nomos- qui entraine aussitôt la relativisation de cette relativisation, autrement dit, la recherche d'une limite interne à un mouvement qui est, en lui-même et par principe, interminable et indéterminé (apeiron). La question : pourquoi notre tradition est-elle vraie ou bonne ? Pourquoi le pouvoir du Grand roi est sacré ?, non seulement ne surgit pas dans une société archaïque ou traditionnelle, elle ne peut y surgir, elle n'y a pas de sens ? La Grèce fait exister, crée, ex-nihilo, cette question. L'image (représentation) socialement établie du monde n'est pas le monde. Ce n'est pas simplement que ce qui apparaît diffère, banalement, de ce qui est (esti) ; cela, tous les primitifs le savent – comme ils savent aussi que les opinions ( doxai) diffèrent de la vérité (alètheia). C'est que, dès qu'il est reconnu dans une nouvelle profondeur – dès que cette nouvelle profondeur est, pour la première fois, creusée -, cet écart entre apparence et être, entre opinion et vérité devient infranchissable, renaît perpétuellement de lui-même. Et il en est ainsi parce que nous le faisons exister, par notre simple existence elle-même. Nous n'avons accès par définition qu'à ce qui apparaît ; et toute apparence nous doit quelque chose. Toute organisation de l'apparence, ou signification conférée à celle-ci, aussi. [...] .»suite du texte in Ce qui fait la Grèce, 1. , D'homère à Héraclite Séminaires 1982- 1983 La création humaine II, collection la couleur des idées aux éditions du SEUIL, page 274 et suivantes.

[nota bene : cette communication peut éventuellement s'envisager comme une note technique en direction de ceux et celles qui préparent le congrès du Parti Socialiste français.

vendredi 24 octobre 2014

Louise et les chics types en stéréo, ou le bovarysme sifflera trois fois.



Louise poursuivait la lecture du livre de photographies de cent ans d'histoire de France racontée par Emmanuel BERL . L'article s'intitulait « LA SCIENCE CHANGE LE MONDE SANS LE COMPRENDRE » :
« On aurait pu craindre que la littérature et l'art, du fait qu'ils se détournaient du rationalisme, ne se mettent en conflit avec la science. Il n'en fut rien. La science du Xxe siècle réalise des progrès fulgurants, mais loin de confirmer les doctrines arrogantes du XIXe siècle, ses progrès mêmes accroissent la modestie des savants. Les découvertes d'Henri POINCARÉ, de PLANCK, de HEISENBERG, la théorie des quanta, la mécanique ondulatoire, le théorie einsteinienne de la relativité font penser que la science peut calculer des probabilités, grouper les données de l'expérience en des systèmes cohérents et commodes, mais non pas saisir le réel, ni même y prétendre.
L'univers devient de mieux en mieux exploré, il n'en reste pas moins inconnu et incompréhensible. La découverte du radium par Pierre et Marie CURIE semble apporter un démenti supplémentaire aux principes rationnels de la physique classique. Les découvertes de PERRIN sur la structure des atomes ne font pas que la matière soit moins mystérieuse, mais qu'elle le devient davantage. Elle semble se résorber dans l'energie, la vitesse, la lumière.
De même, la génétique nouvelle de WEISMANN, de MORGAN, de MENDEL – tardivement honoré – ajoute au mystère de la vie plus qu'elle ne le dissipe ; car il était sans doute plus facile de comprendre comment l'action du milieu extérieur transforme les animaux et les plantes que de comprendre comment les gènes et les chromosomes commandent leurs structures et leurs destins. C'est pourquoi le lamarkisme reparaît toujours, quoique que réfuté.
La psychanalyse ne simplifie pas davantage, mais au contraire, obscurcit et complique l'idée que le psychologue pouvait se faire de la psyché, qui est à la fois l'histoire de l'individu et tout autre chose que cette histoire.
L'archéologie récolte une moisson prodigieuse, mais cette moisson complique plus qu'elle ne simplifie l'idée que l'historien pouvait de faire de la civilisation.
Bref, dans tous les domaines, la science accroît démesurément le pouvoir de l'homme sur le monde, mais, si l'homme sait, et peut de plus en plus, il comprend de moins en moins.
C'est pourquoi on a pu parler de la « faillite de la science » dans les premières années du XXe siècle qui resteront probablement, dans l'histoire, comme un âge d'or de la science.
De plus en plus, elle va développer l'angoisse des hommes, en même temps que leur orgueil ; leur domination sur le monde s'affirme, jusqu'à permettre la construction des bombes atomiques et des fusées interplanétaires, mais ce monde leur paraît absurde en même temps que dominé.
Cette modestie superbe du savant moderne se manifeste dès les années 1900. Paradoxalement, le triomphe de la science signifiera, désormais, la fin de l'époque des « lumières » qu'avaient inaugurée les Encyclopédistes et qu'avait prophétisée DESCARTES ».

« Pourquoi ai-je l'impression que ce texte parle de l'époque actuelle ? » se demandait Louise.

jeudi 23 octobre 2014

Josette, l'espionne rousse du réel : Richard DURN était-il un islamiste ?




Josette apprit par des journalistes parlant dans un micro dont la voix et les propos étaient diffusés par des ondes hertziennes et analogiques à des personnes qu'ils ne connaissaient pas et qu'ils ne connaîtraient peut-être jamais... Josette appris en écoutant les informations à la radio que des attentats terroristes s'étaient déroulés au Parlement du Canada à Ottawa où avaient eu lieu des fusillades. Le lendemain, elle apprendrait par le même moyen d'information (soit la transmission orale sans présence physique par le biais des technologies) , le lendemain, Josette apprendrait que cet attentat était attribué à ce que les médias (soit le terme générique désignant à la fois les personnes, les supports et les admnistrations transmettant des informations à d'autres personnes qui leur restent abstraites), le lendemain, Josette apprendrait que cet attentat était attribué à ce que les « médias » désignent par le terme « loup solitaire ». « Les loups vivent en meute, non ? » se disait Josette qui regrettait toujours ce type de métaphore simpliste destinée à réveiller des peurs archaïques : « ouh, ouh, bonne gens, ayez peur du loup qui rôde et faites ce qu'on vous dit de faire... » Injonction à laquelle Josette ne savait répondre que par la chanson populaire « promenons-nous dans le bois » : « Loup, y es-tu ? Que fais-tu ? Je mets mon pantalon.... promenons-nous dans les bois tant que le loup n'y est pas ; etc.... »
Donc les médias racontait que le type était un « loup solitaire » qui s'était converti à l'islam, qui s'était radicalisé et qui avait décidé de faire un attentat. Josette ne pouvait s'empêcher d'éprouver à l'écoute de ce récit « rassurant puisque cohérent » le même genre d'appréhension que lorsqu'elle voit un film hollywoodien raconter une histoire d'amour : cela sonne faux. Josette se souvenait de Richard DURN qui , dans les années 2000, avait fusillé pour le symbole le conseil municipal de la ville de Nanterre. Des extraits de son journal intime avait été publié dans des journaux et le type était aussi dingue que le président Schreber, dément paranoïaque cher à Sigmund Freud. Mais si le président Schreber avait pu malgré sa folie être président d'un tribunal toute sa vie, si le président Shreber avait pu jouer un rôle social malgré sa folie, Richard DURN qui avait été désocialisé était passé à l'acte comme disent les psychiatres. Il semblait à Josette confusément que le film TAXI DRIVER de Martin SCORCESE primée au festival du cinématographe de Cannes dans les années 70 du vingtième siècle parlait du même problème. Le personnage du film incarné par Robert de Niro se cherchait une cause et il se fallait d'un cheveu pour que sa cause soit antisociale ou ouvrant une voie pour une évolution sociale. Ce que montrait TAXi DRIVER était à la fois la misère du type et son désir de faire quelque chose. Ce n'est facile pour personne d'accepter le néant. Pourtant...
Josette se souvenait avoir trouvé insupportable à l'époque l'hystérie collective qui s'était emparée des médias dans l'affaire DURN, chacun y allant de son interprétation et de ses conclusions. Josette n'était pas objective puisqu'elle avait lu à l'époque que Richard DURN avant son suicide avait été jugé sain de corps et d'esprit par les comités d'experts de l'institut psychiatrique de la préfecture de police de Paris, alors qu'elle-m^me, par un de ces mêmes comités, avait été jugée bonne à enfermer puisque menace à l'ordre public. Josette à l'époque ne décolérait pas « un type qui prend un fusil et va tuer pour l'exemple six ou huit personnes qu'il ne connaît pas n'est pas considéré comme un dingue ou une menace à l'ordre public ! » Josette, depuis avait compris que le type avait été jugé responsable de ses actes pour y répondre devant un tribunal puisqu'il était en état d'arrestation. Dans son cas, les flics n'avaient rien contre Josette.

« Donc, se disait Josette, des personnes seules isolées socialement, pêtent un câble, se montent la tête, se font des films et vont se suicider en allant en assassiner d'autres en croyant faire toutes ses âneries au nom de l'islam. »
Enoncée sous cette forme, Josette ne se sentait plus otage de la connerie de ces cinglés qui « ont mal déliré » mais elle ne pouvait s'empêcher d'entendre une petite voix très loin lui dire : « il faut bien que les forces de mort trouvent des voies, les maladies, les épidémies sont combattues, il faut bien résoudre le problème démographique, il faut bien faire société... » Josette était fatiguée d'argumenter. Josette voulait être chatouillée. Mais Josette était fatiguée : «  ils sont tous devenus tellement dingues ! disait elle.»« Parce que toi, bien sûr, tu ne l'est pas du tout ! lui fit remarquer Georges ». Ce n'était pas du tout rassurant comme récit.

mercredi 22 octobre 2014

Martine lit le journal : l'art de la chute sur la place vendôme

 Martine lisait l'éditorial du journal LE MONDE daté du 21 octobre 2014 qui se trouvait en fin de journal, la une comportant une photo réunissant Martine AUBRY et Manuel VALLS. L'éditorial traitait d'un parallèle entre la chute de la colonne Vendôme lors de la Commune de Paris et la chute de la sculpture éphémère de Paul Mac CARTHY qui n'est pas l'inventeur du maccarthysme qui n'est pas un mouvement artistique. Monsieur Mac CARTHY avait fait installer sur la place Vendôme de la Ville de Paris une sculpture de vingt quatre mètres gonflables intitulé TREE dont la forme conçue par lui stylisait celle d'un arbre mais avait-il été précisé ici ou la reproduisait exactement la forme industrielle de jouets sexuels nommé « plug anal » : les enfants seront contents et les adultes riront (en tout cas pour ceux qui ont l'habitude de s'enfoncer de tels objets dans le derrière et donc en connaissent la forme). Jusqu'ici, rien de nouveau sous le soleil de l'art. Sauf qu'au lieu que la chose se raconte de bouche à oreille et fasse glousser ces messieurs dames en costume, quelqu'un a écrit quelque part : « Oh, regardez cet arbre ! Ce n'est pas une pipe mais un plug anal ! » L'extrême droite bien pensante en a alors profiter pour faire haro sur le baudet : «  quelle horreur ! Quel humiliation pour notre ville et patrie, nos genoux et nos cailloux, blabla, etc. ». Puis des personnes avaient fait tomber la sculpture et il était effectivement difficile de ne pas penser au déboulonnage de la statue de Napoléon en 1870 en voyant les photos. Georges, un ami de Martine, avait d'ailleurs dit pour rire « Incroyable, Courbet manipule l'extrême droite afin de faire un revival place Vendôme ! »Et Martine avait ri, elle était généralement assez bon public. La connaissance historique de cet épisode était somme toute assez vague et pour Martine et pour Georges mais il leur semblait que la façon dont l'éditorial du journal le Monde mariait les deux événements était un contre sens : il existe aussi une gauche bien-pensante. En effet, cet incident ne semblait pas à Martine « une atteinte insupportable à la liberté de création ! » comme certains avaient pu l'exprimer. Faut-il vraiment se battre pour avoir le droit de représenter un « plug anal » de vingt-quatre mètres ? L'artiste Paul Mac Carthy lui même avait convenu que non. Pour ce qu'en savait Martine, l'enjeu de représentation auquel s'était attelé COURBET à son époque était celui de montrer sa classe sociale. A l'époque, montrer
des personnes modestes dans leurs habits noirs et leurs coiffes à l'occasion d'un « enterrement à Ornans » était « révolutionnaire » parce que la bourgeoisie d'alors veut se mirer dans l'huile des peintres et non y voir éterniser des manants. Courbet peint aussi des ouvriers au travail qui rabotent des parquets bien loin des kitcheries de son époque mettant en scène antique cocottes et damoiselles. Il semblait à Martine que présenter Courbet tel un « artiste provocateur » réduisait la pensée politique qui est véhiculée par ses peintures. Pour Martine dire que Courbet savait que le scandale fait vendre était un gros anachronisme : à cette époque, le « marche de 'l'art » n'est pas encore une entité abstraite mais c'est encore un marché très concret avec des marchands, des tableaux et des acheteurs, peu saturé de commentaires. Ce qui fait que vraisemblablement, Courbet peint « l'origine de monde » pour satisfaire le voyeurisme d'un amateur d'art. Martine avait même entendu dire que Courbet aurait d'abord peint toute une pré-scène d'un théâtre d'amour saphique mais le commanditaire ne voulant payer la somme demandée, Courbet aurait alors découpé le tableau en donnant « l'essentiel de la scène » au commanditaire. Une sorte de jouet pour esprit de voyeurs, en quelque sorte. Rien de transcendantal. « Mais déboulonner la statue de Napoléon I représenté en empereur romain et surplombant la voie ! Voilà qui signifie clairement  quant aux représentations du pouvoir », se disait Martine « Quant au pourvoir ou pourvoir des images... rien n'a jamais été prouvé … », se disait Georges.