samedi 25 octobre 2014

Ma contribution au schmilblick ou Papy MEUJOT passe son master II à l'université (II) :


Il ne faudrait pas se leurrer : l'oeuvre « Tree » de Paul Mac Carthy est de facture industrielle c'est-à-dire reproductible : sa « destruction » n'est pas irréversible comme dans le cas d'une peinture sur toile, d'une sculpture taillée ou modelée, bref réalisée à la main. De la même façon, le terme « art brut » désignerait depuis les années peut-être 50-60 les œuvres des personnes dites extérieures à l'art et non rompues aux mondanités des milieux de l'art (fous, marginaux, autodidactes, paysans, humoriste à salopette, etc.) et ce sous l'impulsion de Jean DUBUFFET et peut être Michel THEVOZ qui ainsi ouvraient une fenêtre dans « les milieux de l'art » dans lesquels ils étouffaient. Car l'art brut était surtout un outil conceptuel permettant de critiquer l'art dit « bourgeois ». De nos jours, il y a un « marché de l'art brut qui  explose » alors bon, il s'agirait de ne pas oublier qu'arts premiers, art brut, art bourgeois, art tout court et art haut et court ne seraient que des tentatives de participations au Grand schmilblick du schmilbllick. Poil à Moby Dick.

Ma contribution au schmilblick ou Papy MEUJOT passe son master II à l'université :


Cornélius CASTORIADIS a écrit un texte en l'an peut-être 1979 qui pourrait être une bonne base de travail pour la préparation du congrès des personnes qui veulent des sociétés gouvernées plutôt à gauche. Le texte s'intitule « la pensée politique » et commence ainsi : « Voici le point central de l'affaire : il n'y a pas eu, jusqu'ici, de pensée politique véritable. Il y a eu, dans certaines périodes de l'histoire, une véritable activité politique – et la pensée implicite à cette activité. Mais la pensée politique explicite n'a été que philosophie politique, c'est-à-dire province de la philosophie, subordonnée à celle-ci, esclave de la métaphysique, enchaînée aux présupposés non conscients de la philosophie et grevée de ses ambiguïtés. Cette affirmation peut paraître paradoxale. Elle le paraîtra moins si l'on se rappelle que par politique j'entends l'activité lucide qui vise l'institution de la société par la société elle-même ; qu'une telle activité n'a de sens comme activité lucide, que dans l'horizon de la question : « qu'est-ce que la société ? Qu'est-ce que son institution ? En vue de quoi cette institution ? Or les réponses à ces questions ont toujours été tacitement empruntées à la philosophie – laquelle, à son tour, ne les a jamais traitées qu'en en violant la spécificité à partir d'autre chose : l'être de la société/histoire, à partir de l'être divin, naturel ou rationnel ; l'activité créatrice et instituante, à partir de la conformation à une norme à une norme donnée par ailleurs.
Mais le paradoxe est réel. La philosophie naît, en Grèce, simultanément et consubstantiellement avec le mouvement politique explicite (démocratique). Les deux émergent comme mises en question de l'imaginaire social institué. Ils surgissent comme interrogations profondément conjointes par leur objet : l'institution établie du monde et de la société et sa relativisation par la reconnaissance de la doxa et du nomos- qui entraine aussitôt la relativisation de cette relativisation, autrement dit, la recherche d'une limite interne à un mouvement qui est, en lui-même et par principe, interminable et indéterminé (apeiron). La question : pourquoi notre tradition est-elle vraie ou bonne ? Pourquoi le pouvoir du Grand roi est sacré ?, non seulement ne surgit pas dans une société archaïque ou traditionnelle, elle ne peut y surgir, elle n'y a pas de sens ? La Grèce fait exister, crée, ex-nihilo, cette question. L'image (représentation) socialement établie du monde n'est pas le monde. Ce n'est pas simplement que ce qui apparaît diffère, banalement, de ce qui est (esti) ; cela, tous les primitifs le savent – comme ils savent aussi que les opinions ( doxai) diffèrent de la vérité (alètheia). C'est que, dès qu'il est reconnu dans une nouvelle profondeur – dès que cette nouvelle profondeur est, pour la première fois, creusée -, cet écart entre apparence et être, entre opinion et vérité devient infranchissable, renaît perpétuellement de lui-même. Et il en est ainsi parce que nous le faisons exister, par notre simple existence elle-même. Nous n'avons accès par définition qu'à ce qui apparaît ; et toute apparence nous doit quelque chose. Toute organisation de l'apparence, ou signification conférée à celle-ci, aussi. [...] .»suite du texte in Ce qui fait la Grèce, 1. , D'homère à Héraclite Séminaires 1982- 1983 La création humaine II, collection la couleur des idées aux éditions du SEUIL, page 274 et suivantes.

[nota bene : cette communication peut éventuellement s'envisager comme une note technique en direction de ceux et celles qui préparent le congrès du Parti Socialiste français.

vendredi 24 octobre 2014

Louise et les chics types en stéréo, ou le bovarysme sifflera trois fois.



Louise poursuivait la lecture du livre de photographies de cent ans d'histoire de France racontée par Emmanuel BERL . L'article s'intitulait « LA SCIENCE CHANGE LE MONDE SANS LE COMPRENDRE » :
« On aurait pu craindre que la littérature et l'art, du fait qu'ils se détournaient du rationalisme, ne se mettent en conflit avec la science. Il n'en fut rien. La science du Xxe siècle réalise des progrès fulgurants, mais loin de confirmer les doctrines arrogantes du XIXe siècle, ses progrès mêmes accroissent la modestie des savants. Les découvertes d'Henri POINCARÉ, de PLANCK, de HEISENBERG, la théorie des quanta, la mécanique ondulatoire, le théorie einsteinienne de la relativité font penser que la science peut calculer des probabilités, grouper les données de l'expérience en des systèmes cohérents et commodes, mais non pas saisir le réel, ni même y prétendre.
L'univers devient de mieux en mieux exploré, il n'en reste pas moins inconnu et incompréhensible. La découverte du radium par Pierre et Marie CURIE semble apporter un démenti supplémentaire aux principes rationnels de la physique classique. Les découvertes de PERRIN sur la structure des atomes ne font pas que la matière soit moins mystérieuse, mais qu'elle le devient davantage. Elle semble se résorber dans l'energie, la vitesse, la lumière.
De même, la génétique nouvelle de WEISMANN, de MORGAN, de MENDEL – tardivement honoré – ajoute au mystère de la vie plus qu'elle ne le dissipe ; car il était sans doute plus facile de comprendre comment l'action du milieu extérieur transforme les animaux et les plantes que de comprendre comment les gènes et les chromosomes commandent leurs structures et leurs destins. C'est pourquoi le lamarkisme reparaît toujours, quoique que réfuté.
La psychanalyse ne simplifie pas davantage, mais au contraire, obscurcit et complique l'idée que le psychologue pouvait se faire de la psyché, qui est à la fois l'histoire de l'individu et tout autre chose que cette histoire.
L'archéologie récolte une moisson prodigieuse, mais cette moisson complique plus qu'elle ne simplifie l'idée que l'historien pouvait de faire de la civilisation.
Bref, dans tous les domaines, la science accroît démesurément le pouvoir de l'homme sur le monde, mais, si l'homme sait, et peut de plus en plus, il comprend de moins en moins.
C'est pourquoi on a pu parler de la « faillite de la science » dans les premières années du XXe siècle qui resteront probablement, dans l'histoire, comme un âge d'or de la science.
De plus en plus, elle va développer l'angoisse des hommes, en même temps que leur orgueil ; leur domination sur le monde s'affirme, jusqu'à permettre la construction des bombes atomiques et des fusées interplanétaires, mais ce monde leur paraît absurde en même temps que dominé.
Cette modestie superbe du savant moderne se manifeste dès les années 1900. Paradoxalement, le triomphe de la science signifiera, désormais, la fin de l'époque des « lumières » qu'avaient inaugurée les Encyclopédistes et qu'avait prophétisée DESCARTES ».

« Pourquoi ai-je l'impression que ce texte parle de l'époque actuelle ? » se demandait Louise.

jeudi 23 octobre 2014

Josette, l'espionne rousse du réel : Richard DURN était-il un islamiste ?




Josette apprit par des journalistes parlant dans un micro dont la voix et les propos étaient diffusés par des ondes hertziennes et analogiques à des personnes qu'ils ne connaissaient pas et qu'ils ne connaîtraient peut-être jamais... Josette appris en écoutant les informations à la radio que des attentats terroristes s'étaient déroulés au Parlement du Canada à Ottawa où avaient eu lieu des fusillades. Le lendemain, elle apprendrait par le même moyen d'information (soit la transmission orale sans présence physique par le biais des technologies) , le lendemain, Josette apprendrait que cet attentat était attribué à ce que les médias (soit le terme générique désignant à la fois les personnes, les supports et les admnistrations transmettant des informations à d'autres personnes qui leur restent abstraites), le lendemain, Josette apprendrait que cet attentat était attribué à ce que les « médias » désignent par le terme « loup solitaire ». « Les loups vivent en meute, non ? » se disait Josette qui regrettait toujours ce type de métaphore simpliste destinée à réveiller des peurs archaïques : « ouh, ouh, bonne gens, ayez peur du loup qui rôde et faites ce qu'on vous dit de faire... » Injonction à laquelle Josette ne savait répondre que par la chanson populaire « promenons-nous dans le bois » : « Loup, y es-tu ? Que fais-tu ? Je mets mon pantalon.... promenons-nous dans les bois tant que le loup n'y est pas ; etc.... »
Donc les médias racontait que le type était un « loup solitaire » qui s'était converti à l'islam, qui s'était radicalisé et qui avait décidé de faire un attentat. Josette ne pouvait s'empêcher d'éprouver à l'écoute de ce récit « rassurant puisque cohérent » le même genre d'appréhension que lorsqu'elle voit un film hollywoodien raconter une histoire d'amour : cela sonne faux. Josette se souvenait de Richard DURN qui , dans les années 2000, avait fusillé pour le symbole le conseil municipal de la ville de Nanterre. Des extraits de son journal intime avait été publié dans des journaux et le type était aussi dingue que le président Schreber, dément paranoïaque cher à Sigmund Freud. Mais si le président Schreber avait pu malgré sa folie être président d'un tribunal toute sa vie, si le président Shreber avait pu jouer un rôle social malgré sa folie, Richard DURN qui avait été désocialisé était passé à l'acte comme disent les psychiatres. Il semblait à Josette confusément que le film TAXI DRIVER de Martin SCORCESE primée au festival du cinématographe de Cannes dans les années 70 du vingtième siècle parlait du même problème. Le personnage du film incarné par Robert de Niro se cherchait une cause et il se fallait d'un cheveu pour que sa cause soit antisociale ou ouvrant une voie pour une évolution sociale. Ce que montrait TAXi DRIVER était à la fois la misère du type et son désir de faire quelque chose. Ce n'est facile pour personne d'accepter le néant. Pourtant...
Josette se souvenait avoir trouvé insupportable à l'époque l'hystérie collective qui s'était emparée des médias dans l'affaire DURN, chacun y allant de son interprétation et de ses conclusions. Josette n'était pas objective puisqu'elle avait lu à l'époque que Richard DURN avant son suicide avait été jugé sain de corps et d'esprit par les comités d'experts de l'institut psychiatrique de la préfecture de police de Paris, alors qu'elle-m^me, par un de ces mêmes comités, avait été jugée bonne à enfermer puisque menace à l'ordre public. Josette à l'époque ne décolérait pas « un type qui prend un fusil et va tuer pour l'exemple six ou huit personnes qu'il ne connaît pas n'est pas considéré comme un dingue ou une menace à l'ordre public ! » Josette, depuis avait compris que le type avait été jugé responsable de ses actes pour y répondre devant un tribunal puisqu'il était en état d'arrestation. Dans son cas, les flics n'avaient rien contre Josette.

« Donc, se disait Josette, des personnes seules isolées socialement, pêtent un câble, se montent la tête, se font des films et vont se suicider en allant en assassiner d'autres en croyant faire toutes ses âneries au nom de l'islam. »
Enoncée sous cette forme, Josette ne se sentait plus otage de la connerie de ces cinglés qui « ont mal déliré » mais elle ne pouvait s'empêcher d'entendre une petite voix très loin lui dire : « il faut bien que les forces de mort trouvent des voies, les maladies, les épidémies sont combattues, il faut bien résoudre le problème démographique, il faut bien faire société... » Josette était fatiguée d'argumenter. Josette voulait être chatouillée. Mais Josette était fatiguée : «  ils sont tous devenus tellement dingues ! disait elle.»« Parce que toi, bien sûr, tu ne l'est pas du tout ! lui fit remarquer Georges ». Ce n'était pas du tout rassurant comme récit.

mercredi 22 octobre 2014

Martine lit le journal : l'art de la chute sur la place vendôme

 Martine lisait l'éditorial du journal LE MONDE daté du 21 octobre 2014 qui se trouvait en fin de journal, la une comportant une photo réunissant Martine AUBRY et Manuel VALLS. L'éditorial traitait d'un parallèle entre la chute de la colonne Vendôme lors de la Commune de Paris et la chute de la sculpture éphémère de Paul Mac CARTHY qui n'est pas l'inventeur du maccarthysme qui n'est pas un mouvement artistique. Monsieur Mac CARTHY avait fait installer sur la place Vendôme de la Ville de Paris une sculpture de vingt quatre mètres gonflables intitulé TREE dont la forme conçue par lui stylisait celle d'un arbre mais avait-il été précisé ici ou la reproduisait exactement la forme industrielle de jouets sexuels nommé « plug anal » : les enfants seront contents et les adultes riront (en tout cas pour ceux qui ont l'habitude de s'enfoncer de tels objets dans le derrière et donc en connaissent la forme). Jusqu'ici, rien de nouveau sous le soleil de l'art. Sauf qu'au lieu que la chose se raconte de bouche à oreille et fasse glousser ces messieurs dames en costume, quelqu'un a écrit quelque part : « Oh, regardez cet arbre ! Ce n'est pas une pipe mais un plug anal ! » L'extrême droite bien pensante en a alors profiter pour faire haro sur le baudet : «  quelle horreur ! Quel humiliation pour notre ville et patrie, nos genoux et nos cailloux, blabla, etc. ». Puis des personnes avaient fait tomber la sculpture et il était effectivement difficile de ne pas penser au déboulonnage de la statue de Napoléon en 1870 en voyant les photos. Georges, un ami de Martine, avait d'ailleurs dit pour rire « Incroyable, Courbet manipule l'extrême droite afin de faire un revival place Vendôme ! »Et Martine avait ri, elle était généralement assez bon public. La connaissance historique de cet épisode était somme toute assez vague et pour Martine et pour Georges mais il leur semblait que la façon dont l'éditorial du journal le Monde mariait les deux événements était un contre sens : il existe aussi une gauche bien-pensante. En effet, cet incident ne semblait pas à Martine « une atteinte insupportable à la liberté de création ! » comme certains avaient pu l'exprimer. Faut-il vraiment se battre pour avoir le droit de représenter un « plug anal » de vingt-quatre mètres ? L'artiste Paul Mac Carthy lui même avait convenu que non. Pour ce qu'en savait Martine, l'enjeu de représentation auquel s'était attelé COURBET à son époque était celui de montrer sa classe sociale. A l'époque, montrer
des personnes modestes dans leurs habits noirs et leurs coiffes à l'occasion d'un « enterrement à Ornans » était « révolutionnaire » parce que la bourgeoisie d'alors veut se mirer dans l'huile des peintres et non y voir éterniser des manants. Courbet peint aussi des ouvriers au travail qui rabotent des parquets bien loin des kitcheries de son époque mettant en scène antique cocottes et damoiselles. Il semblait à Martine que présenter Courbet tel un « artiste provocateur » réduisait la pensée politique qui est véhiculée par ses peintures. Pour Martine dire que Courbet savait que le scandale fait vendre était un gros anachronisme : à cette époque, le « marche de 'l'art » n'est pas encore une entité abstraite mais c'est encore un marché très concret avec des marchands, des tableaux et des acheteurs, peu saturé de commentaires. Ce qui fait que vraisemblablement, Courbet peint « l'origine de monde » pour satisfaire le voyeurisme d'un amateur d'art. Martine avait même entendu dire que Courbet aurait d'abord peint toute une pré-scène d'un théâtre d'amour saphique mais le commanditaire ne voulant payer la somme demandée, Courbet aurait alors découpé le tableau en donnant « l'essentiel de la scène » au commanditaire. Une sorte de jouet pour esprit de voyeurs, en quelque sorte. Rien de transcendantal. « Mais déboulonner la statue de Napoléon I représenté en empereur romain et surplombant la voie ! Voilà qui signifie clairement  quant aux représentations du pouvoir », se disait Martine « Quant au pourvoir ou pourvoir des images... rien n'a jamais été prouvé … », se disait Georges.

lundi 20 octobre 2014

INCROYABLE ! l'extreme-droite a été manipulée par COURBET pour un revival place vendôme !


je ne suis pas sure d'avoir fait des progrès en... par manuelleyerly

Josette, l'espionne rousse du réel : la journée de recrutement.




Josette avait reçu un courrier de l'agence Pôle Emploi dire faire suite à sa candidature à un poste de caissière dans un grand magasin de bricolage et la convier à une journée de présentation et de recrutement deux mois plus tard. Josette se méfiait, elle avait déjà reçu des courriers lui disant faire suite à des rendez-vous qui n'avaient pas eu lieu et Josette qui ne souhaitait entrer en connivence de mensonges avec Pôle Emploi le leur avait fait remarquer et avait eu droit à son lot d'emmerdes. Elle avait toutefois renoncé à saisir un tribunal administratif pour faire avouer ses mensonges à l'administration. Pôle Emploi est censé s'occuper des chômeurs mais bien souvent ils occupent les chômeurs avec des trucs et des machins. Josette était ainsi aussi allée suite à une convocation à une réunion d'information pour une formation sur le métier de réceptionniste. Josette avait peu à peu compris que la réunion avait été l'occasion pour une jeune « formatrice » de s'entraîner à parler en public, de tenter de trouver des « clients » pour un organisme de formation en quasi faillite, et pour les conseillers Pôle Emploi de reprendre contact avec des chômeurs dont ils ne s'occupent pas afin de remplir des fiches d'informations à leurs sujets . Mais cela ne dérangeait pas Josette, chacun fait comment il le peut dans ce monde de dingues ; Comme le disent si bien les beaux esprits : «  le problème n'est ni les chômeurs, ni ceux payés pour s'en occuper, le problème c'est le chômage » . A moins que la division du travail. Bref, en dix années de chômage, entre un mois de plonge dans un restaurant et dix heures de cours de mathématiques modernes, il était fort possible que josette eut répondu à une offre de caissière dans un grand magasin de bricolage. Josette se souvenait d'ailleurs avoir discuté plus d'une année auparavant avec le propriétaire de l'ancienne quincaillerie à l'entrée du village jouxtant le sien lorsqu'il avait liquidé son affaire. Il prenait sa retraite et n'avait pas trouvé de repreneur précisément en raison du projet d'installation de ce grand magasin de bricolage, cela lui avait été un peu difficile à accepter puisque la quincaillerie lui venait de son père qui la tenait de son père qui lui-même la tenait peut-être de son père. Depuis, la bâtisse de l'ancienne quincaillerie avait été rasée et s'affichait un panneau vantant un projet de résidence en appartement ciblant de futurs retraités urbains cherchant un point de chute. Josette avait également lu dans les journaux locaux qu'un autre grand moyen magasin de bricolage avait contesté l'attribution du permis de construire du dit grand magasin. Josette qui régulièrement s'y rendait pour acheter de la colle papier peint avait compris que le grand moyen magasin de bricolage avait juste manoeuvré pour gagner du temps, organiser au mieux sa liquidation, le départ des salariés et vendre la marchandise qu'il ne renouvelait plus au meilleur prix.Josette apprendrait d'ailleurs que le grand moyen magasin et le grand magasin s'affrontant relevaient en fait du même grand groupe. « A quoi bon savoir tout cela ?, se disait Josette en lisant le courrier qui lui avait été adressée. Le courrier précisait que l'emploi de caissière se déroulerait sur une plage horaire allant de 9h00 à 21h00 avec un temps de travail hebdomadaire de trente cinq heures annualisés, et devait s'y trouver d'autres conditions pour exercer le poste comme energie, disponibilité et écoute. Bref, si Josette était d'accord avec ses conditions de travail, elle devait renvoyer un coupon comme pour les invitations aux premières de théâtre en cochant la case « Oui, je viendrais » et ce dans la semaine. Josette trouvait cela hautement ridicule mais les dispositifs chargés de faire accepter à chacun son exploitation économique sont de plus en plus sophistiqués quoique de plus en plus grossiers. Et puis Josette cherchait du boulot. Elle remplit le formulaire etle renvoya en écopli.
Deux mois passèrent.
Le jour J, Josette se rendit au rendez-vous. Après une heure et demi de marche (en hiver, Josette n'utilise pas son vélo) Josette arriva au théâtre d'un village voisin où, entre l'accueil de maxime le forestier et les représentations de l'école de danse du coin, se situait la première journée de recrutement du grand magasin de bricolage. A l'entrée, se trouvait deux groupes de deux personnes, l'un à droite, l'un à gauche, et Josette, peut-être paranoîaque après une heure et demie de marche seule dans la nuit d'un matin de février, flaira le dispositif « psychologique » (pour rester poli). Elle s'arrêta net avec une tête interrogative et une des minettes tenant les listes de noms dit « cela n'a pas d'importance, c'est par ordre alphabétique » mais comme Josette ne bougeait pas, une autre reprit « aller à l'un ou l'autre groupe n'a pas d'importance » une autre personne arrivant et se dirigeant vers un groupe, Josette alla vers l'autre . Josette remarqua qu'elle était non pas en bas de la liste alphabétique mais en bas d'une liste située sous la liste. Puis Josette s'aventura dans l'entrée du théâtre et commença à sentir les intrusions psychiques. A l'entrée de la salle, se trouvaient trois personnes qu'elle salua et jugea être du staff du grand magasin. Entrée dans la salle, elle s'assit à cour à mi hauteur. L'allée centrale était presque pleine. Il devait y avoir environ deux cent personnes. Une des trois personnes vint dire aux personnes qui ne s'étaient pas assises dans les rangs du centre de se déplacer et comme chacun se regardait en se demandant pourquoi, la personne répondit qu'ainsi nous entendrons mieux. Josette était prête à répondre que ce style de théâtre a été conçu contre les théâtres à l'italienne pour que depuis chaque place l'acoustique soit bonne ; mais Josette savait bien qu'il ne s'agissait que d'affirmer une autorité. Josette et les autres s’exécutèrent en râlant et s'installèrent ici et là et tout en haut où se trouvaient certaines nénettes à qui il ne manquait que le fouet pour compléter la panoplie de la wannabeamistress. Josette était déjà épuisée par la connerie ambiante mais elle continuait à croire qu'il devrait être possible de trouver un travail et gagner un peu d'argent dans ce cadre.
Puis la réunion démarra, un type brancha un ordinateur qui projetait son écran sur le grand écran de la salle. Il parla de lui dans un micro et commença à expliquer qu'il était célibataire et sans enfant : toute la salle a commencé à rire et le mec a commencé à paniquer. Quelqu'un dans la salle lui a demandé s'il lançait un appel. Le mec dans une grimace de peur a dit que « non pas du tout, qu'il était très bien avec qui il était »mais il a ensuite continué son speech dans le même registre soit celui de la séduction ; le capitalisme avancé n'en connaîtrait pas d'autres pour fonctionner. Le type avait commencé comme vendeur dans cette même chaîne de grand magasin de bricolage à peut-être Laval puis avait grimpé dans la hiérarchie, puis avait déménagé dans une autre ville où « il s'était éloigné de papa et maman » puis avait continué à grimper et là il était devenu chef ou sous-chef des ressources humaines. Josette écoutait d'une oreille, et pour ne pas s'endormir avait sorti son carnet de croquis et dessinait la scène et les gens du public. Il s'y trouvait surtout des femmes jeunes entre vingt et trente-cinq ans, pour la plupart blondes et maquillées. Josette avait déjà eu l'occasion de remarquer que le réel est souvent beaucoup plus stéréotypé que les clichés s'y rapportant. Le type montrait des écrans présentant le groupe dans lequel s'inscrivait le futur magasin, la philosophie du groupe, le poids du groupe, blabla. Une jeune femme traversa la salle pour sortir puis revint quelques minutes plus tard. Elle fit cela trois fois quasiment de suite et Josette se disait que c'est assez rare d'aller trois fois aux toilettes de façon aussi rapprochée. Les personnes de Pôle Emploi observaient la scène et la salle depuis le bas coté de la salle. Puis une minette prit la parole, elle avait travaillé dix ans chez Séphora en région parisienne comme caissière puis peut-être chef caissière, elle serait notre chef si nous étions embauchés , et elle voulait « une équipe motivée, des filles pimpantes et maquillées » puis elle se rattrapa en précisant qu'elle ne demanderait pas aux hommes de se maquiller. Sur l'écran de la salle s'affichait la description du poste non pas de caissière mais « d'hôtesse de caisse » qui « veille à la satisfaction du client » et Josette fût alors à deux doigts de demander quelle était dans leur esprit la différence entre « une hôtesse de caisse » et « une hôtesse de bar à cocktails », mais Josette se censura, continuant à penser qu'elle pourrait avoir le job. La nana expliquait les différentes étapes du recrutement et quelqu'un demanda combien de personnes seraient embauchées. La nana dit avec un sourire énorme « neuf ». Josette en contemplant les deux cent personnes assises se rappela le film « on achève bien les chevaux » . Ce qui fait que Josette ne comprit pas si neuf postes étaient proposés aux deux cent personnes présentes ou moins de neuf postes puisqu'il y aurait aussi des recrutements interne au groupe. Josette demanda des précisions sur les trente cinq heures annualisés à savoir quels horaires maximum et minimum étaient possibles par semaine et ce faisant elle comprit qu'elle n'aurait pas le boulot. La minette répondit ultra vite un truc style «  comme la loi le permet 35heures plus ou moins schchouet pour cent » Le salaire était un tout petit plus élévé que le SMIC plus intéressement et prime. Les plannings d'horaires communiqués un mois à l'avance. Une nénette demanda s'ils feraient du « paiement sans contact » et la future chef des hôtesses de caisse fut un peu prise au dépourvu. La nénette expliqua que c'était quand même l'avenir, ce que la future chef ne désapprouva pas. Une autre fille demanda des infos sur le costume et la future « chef des hôtesses de caisse » expliqua chercher un modèle féminin de chaussures de sécurité. Comme une des minettes 36-15 DOMINA assises juste derrière Josette râlait au sujet des questions stupides qui étaient posées, Josette ne put s'empêcher de demander si le poste serait plutôt assis ou debout. L'ex Sephora debout répondit après hésitation « debout » et la 36-15 assise s'écrasa. Après cette longue description « participative »du poste, ceux et celles qui n'étaient pas intéressées pouvait s'en aller et peut-être trente personnes le firent.
Puis , une nénette de Pôle Emploi vint nous expliquer les principes du recrutement par simulation. Il s'agissait de placer les demandeurs de l'emploi en situation dans des tests qui ont été élaborés en fonction des compétences nécessaires au poste. Cette méthode permet une première sélection de personnes par delà leur CV qui seront ensuite reçus en entretien avec les chargés du recrutement pour le grand magasin. Cette méthode permet de réduire le turn over et les erreurs de recrutement. La nana raconta cela au moins cinq fois sous différentes formes. Aurait lieu une première série de tests l'après-midi qui sélectionnerait les meilleurs qui passerait une autre série de tests la semaine suivante qui sélectionnerait les meilleurs qui passeraient les entretiens deux semaines plus tard, etc.. Josette s'inscrit à une session de tests et sortit pour aller manger un sandwich au centre commercial le plus proche où elle allait faire parfois ses courses. Dans les immeubles jouxtant le théâtre , ou centre culturel, des mémés étaient à leur balcon ne perdant une miette de toute l'agitation. « Qu'est-ce qui se passe ? Hurla l'une d'entre elle à Josette » « c'est un recrutement pour telle boite, leur répondit Josette »
« Ah merci ! », disaient les vieilles en retournant dans leurs intérieurs.
«  ll faut bien donner à manger un peu aux vieux », se disait Josette.
Au centre commercial,Josette s'offrit un journal et un café et lui revinrent en mémoire l'habitude de la pause de midi après la matinée de travail dans un bureau et avant la reprise de l'après-midi et soudain elle trouvait cela terrifiant et horrible.
Puis Josette passa la première session des tests.
Dans une salle aussi longue qu'étroite en largeur, était installée une grande table en U autour de laquelle étaient assises peut-être cinquante personnes ; nous aurions presque pu nous croire à un banquet si ce n'est que ce qui nous était raconté n'avait rien de philosophique. Une dame de Pôle Emploi donnait des instructions, des directives et des indications quant à ce qui allait se passer dans le test que nous distribuait deux de ses assistantes. La dame parlait si lentement que josette luttait contre le sommeil et les deux assistantes semblaient si nouilles que le désir de les secouer traversa plusieurs fois Josette. Josette se souvint toutefois que les tests étaient censés se passer en milieu stressant pour mesurer les capacités de sang froid des candidats. La dame expliquait que le prochain exercice concernerait le calcul du rendu de monnaie et josette se sentit traversée par une tempête de haine, elle resta immobile, presqu'accrochée à la table de peur de s'envoler ou de s'enflammer, et le calme revint. Un exercice consistait à repérer dans une liste de suite de chiffres et lettres comme par exemple 567890F5G distribuée sur deux colonnes identiques, les erreurs soit les lignes où les chiffres n'étaient pas identiques. Les exercices étaient chronométrés. Il y avait aussi des QCM relatifs à des situations de travail et josette trouvait certaines questions mal posées comme par exemple :
« il vient vous voir : 1) vous lui demandez s'il veut de l'aide puis continuer votre travail 2)vous discutez avec lui en restant dans votre rayon, on ne sait jamais un client pourrait arriver 3) vous allez en pause avec lui » et dans cette question, Josette trouvait que le « il » n'avait pas été défini et que par conséquent il n'était pas possible de répondre.  Beaucoup des questions semblaient ainsi grossièrement ambigues à Josette et elle comprit peu à peu que les QCM avait aussi une dimension de test psychologique à plus ou moins grosse ficelle. Après un exercice concernant le calcul de fonds de caisse, ce fût alors le test de communication écrite : Grosso modo, le patron en congé vous avez communiqué un courrier de la direction commerciale du groupe donnant des directives de placement de produits dans le magasin, de promotions sur les prix et d'autres bons de cadeaux à distribuer, le tout assorti d'un calendrier et vous deviez rédiger le courrier que vous adresseriez à votre collègue, plus âgée était-il précisé, pour le lendemain, jour où vous serez vous-même en congé. Josette avait rédigé d'une façon qui lui avait lumineuse une note disant « chère machine-truc, trouves ci-joint le courrier de la direction commerciale du groupe avec les directives.Pour info, 1) OK 2) OK 3) OK 4) pas fait (n'ai pas assez d'expériences et le calendrier le permettait 5) bons d'achat arrivés et en place. Bonne journée ! » Josette posa son stylo et s’aperçut que les filles et le garçon dans la salle en rédigeaient des tartines. Josette se disait que cela était sans doute du à un manque d'expérience du travail en équipe , mais surtout Josette ne parvenait même pas à imaginer ce que les personnes pouvaient bien écrire. Après un temps interminable où josette put observer les assistantes de la dame de pôle emploi s'y reprendre à quatre fois pour compter et corriger les formulaires des exercices précédents, Josette sentit à nouveau un vent de haine accompagné de la phrase « nous sommes en concurrence » et là, josette parvint à dire intérieurement « non , mais çà c'est de la blague » et la haine disparut. Puis, l'exercice terminé, la plupart des filles dont le garçon discutaient et échangeaient sur ce qu'ils avaient écrit dans cette note et josette pensa aux personnes qui aiment bien après la baise parler de la baise qui est passé(e). Heureusement, Josette était à un bout de la table du banquet et elle parvint par un sourire rapide et une plongée dans son sac à échapper à l'exercice de ce style de conversation avec sa voisine de droite. Puis, c'était la fin du test, les personnes qui seraient convoquées pour la deuxième journée de tests seraient prévenus par téléphone et Josette demanda si ce serait le même genre de tests, la dame de Pôle emploi dit qu'il y aurait plus de mises en situation. Puis, pressentant qu'il n'y aurait pas de seconde journée pour elle, Josette repartit pour une heure et demi de marche avant de retourner à sa maison. Jamais elle ne se sentit si heureuse de retrouver ses chats. Il lui fallut ensuite attendre deux ou trois jours pour retrouver toutes ses capacités physiques et mentales.

samedi 18 octobre 2014


le douzième chant par manuelleyerly

Josette ; l'espionne rousse du réel : nouvel épisode suivant le précédent,



Josette survolait les pages du magazine publicitaire « Next » machinalement, puis elle arriva sur des pages évoquant la sortie d'un film « retraçant les origines de la scène electronique française au rythme des fortunes et infortunes d'un jeune DJ de la french touch. » Devant ces pages et les textes, Josette éprouva une sorte de malaise tel celui ressenti face une réduction de tête. Dans sa mémoire, la « French touch » vient après l'émergence de la scène electronique. Qui d'ailleurs n'était pas qualifiée de scène mais de musiques techno et/ou house que l'on écoute dans des raves. Comme bien souvent et sans doute en raison de sa condition d'espionne rousse du réel, Josette n'y avait pas participé directement mais s'était trouvé à côté. Notamment lorsqu'elle avait sous-loué un été un appartement au 24 de la rue Myrrha à un étudiant en architecture dont les voisins étaient deux frères organisant des raves. Brigitte. qui à cette époque habitait également au 24, rue Myrrha de l'autre côté de la cour intérieure avait raconté à Josette avoir fait un jour le barman à l'une de leurs raves : elle servait sans arrêt des sodas ou des boissons énergétiques à des personnes aux yeux dilatées et toutes les heures, elle vidait une corbeille pleines de billets de banque dans un immense sac poubelle que les organisateurs allaient ensuite ranger dans un coffre. L'étudiant en architecture avait prévenu Josette que les voisins faisaient un peu de bruit mais qu'ils étaient rarement là. En effet, sur les deux mois d'été, Josette ne les avait entendu être dans leur appartement que deux jours « avec la musique « boum boum » à fond vingt quatre heures sur vingt quatre ». Ce qui en l'an peut-être 1995, apparaissait encore comme inhabituel.
Puis, Josette se souvient d'une fête de 31 décembre dans un appartement à République où elle avait pris pour la première fois un ecstasy qui lui avait ouvert les oreilles , elle se souvient de cette sensation de comprendre la musique, d'y nager. Elle se souvient d'un type venu danser derrière elle en la collant pour la chauffer, elle se souvient ne pas du tout être sur la même longueur d'onde, elle se souvient de ces potes homosexuels avachis dans les canapés à se foutre de sa gueule, et elle , tel Paul Claudel ou Charles Peguy à la cathédrale de Chartres ou de Rouen, elle est dans la musique, elle comprend la musique, la musique la comprend... Puis ensuite, ils sont tous sur un trottoir à République depuis lequel se voit le flanc gauche de la statue de la République. Il y a un type dont le surnom est la Palatine, son appartement a brûlé, il est graphiste, l'amant d'un des types de la bande, il porte un anorak blanc, Josette , toujours exalté, trouve qu'il ressemble à un Dieu grec, Josette le prend pour l'incarnation d’Apollon. D'ailleurs pour ce qu'en savait Josette, Apollon était , depuis,devenu camionneur et vivait avec une femme et son fils dans une sorte de communauté prenant soin de temples bouddhiques quelque part en France. Mais pour le moment, ils sont tous sur ce trottoir à République, c'est la nuit, puis Apollon en anorak blanc s'éloigne, et ils vont tous dans des taxis dans une boite à Montparnasse. Puis Dyonisos, ses frères et ses sœurs s'éloignent en char vers d'autres festivités. « Puis nous avons tous commencé la nouvelle année en enfer, lui avait fait remarqué Jérôme. » l'enfer, le nom de la boite de nuit, s'entend.
Josette se souvient avoir eu le lendemain toute la journée l'impression de mesurer deux mètres trente et éprouver cette difficulté à faire autre chose que rester allongé sur le dos bien qu'éveillée.
Puis, grosso modo, Josette se souvenait avoir fourni un DJ pour la soirée de la réunion de l'IETM à Paris à la Villette ; DJ qui avait été qualifié de « trop musique boum boum » d'après un mec du CNT ;
Puis Josette avait été sans raison de business à un colloque sur la musique techno à Poitiers où elle avait entendu Daniel Caux parler notamment de radio FG.
Puis la musique techno était partout, puis la musique techno était devenue electronique. Puis les médias parlèrent de la french touch.
« Bien sûr, ce n'est pas ainsi, que pourrait se raconter « l'émergence de la scène electronique française parmi les mondiales » puisque cette histoire est en réalité en mode virale. Il serait bien plus compliqué de nous souvenir et comprendre comment nous étions avant d'être immergés dedans. » se disait Josette, l'espionne rousse du réel.